dimanche 27 mars 2016

Trail des Citadelles 2016 - Une édition "à sec"

Je saisis l'occasion du week-end de Pâques pour aller voir si l'herbe est plus verte en dehors des Alpes... ou la boue plus brune devrais-je plutôt dire. Au programme du dimanche, le trail des citadelles, un petit 70km 3500+ en Ariège (merci Maria pour la trace!)



La veille au soir, alors que je prépare mon sac, panique à bord: impossible de mettre la main sur mes flasks. Je fais et défais mes affaires mais le miracle n'aura pas lieu: les coquines sont restées à Grenoble. Pas de poche à eau non plus, pas de petite bouteille, donc je me résous à emporter un bidon isostar de 600mL pour satisfaire le règlement. La seule poche qui peut l'accueillir est la poche arrière. J'essaie le chargement en pyjama-frontale dans une ruelle (n'ayons pas peur de la honte). L'essai est moyennement concluant, ça tape dans mon dos mais je n'ai pas le choix, on fera avec.

Le lendemain matin, il bruine sur la ligne de départ. Je sors le coupe-vent ultralight -et aussi ultra-fluo- de Raidlight que j'apprécie pour ces conditions où la pluie n'est pas trop forte. Bon, je nage dedans car il n'existe qu'en modèle homme mais je ne suis pas là pour un défilé de mode. D'ailleurs Maria non plus apparemment: je la retrouve abritée sous la tente de départ, couverte d'un sac poubelle, ça c'est du coupe-vent technique! J'arrive pour la dernière phrase du briefing et entend l'organisateur dire "cette année ce sera une course au sec". Ca tombe bien, je n'ai pas pris de chaussures à crampon pour la boue.

Tous aux abris sur la ligne de départ! Moi en orange fluo au premier plan et Maria juste derrière en sac poubelle! Photo: Yvan Arnaud

La départ est donné, on rejoint presque immédiatement les premiers sentiers. Et avec eux les premiers passages de boue. Qui a dit que le terrain serait sec déjà? En fait je ne mets pas longtemps à comprendre que tout le sentier n'est qu'une immense mare de boue. Avec mes Leadville aux pieds, je galère carrément. Je glisse et re-glisse. C'est un problème de chaussures mais probablement aussi un problème d'appui. Ca fait longtemps que j'ai remarqué que je ne sais pas courir dans la neige comme dans la boue. Maria aussi patine et nous nous retrouvons à courir euh pardon glisser une quinzaine de km ensemble. Je tombe une fois, deux fois, trois fois. J'ai de la boue partout.

Je perds Maria peu avant le premier ravitaillement vers le km15. Il y a beaucoup de monde sous la tente et comme je n'aime pas ça, je ne m'arrête pas. Un peu plus loin, nouvelle glissade la tête la première. Je me relève avec de la boue et plusieurs feuilles mortes dans la bouche. Vive le trail en Ariège! Le festival de la boue continue et je suis de plus en plus hallucinée: le terrain était complètement sec la veille au soir encore et ce n'est qu'une petite bruine qui tombe depuis la nuit. Je n'ai jamais vu autant de boue créée par aussi peu de pluie! La Chartreuse est battue à plat de couture!

Juju cra-cra en action au lever du jour. Photo: Yvan Arnaud

Je continue mes glissades (nouvelle chute) jusqu'au 2ème ravitaillement, km30. Je n'ai rien bu depuis le début de la course, il serait peut-être temps de m'y mettre: verre d'eau, de coca, de jus de pomme, bol de soupe, orange, banane, le tout en moins d'une minute et ça repart. Le trail, c'est du sport aussi pour l'estomac!

J'attaque à un bon rythme la montée vers la citadelle de Montségur. Il me semble que la quantité de boue diminue un peu. Peu avant d'aborder les derniers 200m+, on est rejoint par le 20km qui vient de partir. Alors que j'étais presque seule jusque là, me voici dans un flot d'une dizaine de coureurs qui sont moins rapides mais surtout dans un autre état d'esprit que moi: nous sommes sur un single à double sens puisque c'est un aller-retour. Impossible de doubler mais cela n'empêche pas certains de s'arrêter pour prendre des photos... Je boue (jeu de mot!) intérieurement. Ce bouchon, c'est le seul bémol que j'aurai sur la course. Les prochaines années, il serait peut-être bon de décaler les départs du 20 et 70km (si les organisateurs passent par là!). Je perds du coup quelques minutes sur la montée-descente mais surtout pas mal de plaisir.


Fin de la descente de Montségur, un peu d'air! Photo: Brunilde Girardet

Je m'inquiète un peu de savoir si le 20km va continuer longtemps avec nous mais je me rassure rapidement lorsque je vois bifurquer. les deux parcours. Seule sur le 70km, ah ça va mieux! J'arrive au 3è ravito, km44. Même protocole: eau, coca, jus de pomme, soupe, orange, banane et ça repart!

Petite bosse, portion de plat où je me surprends à bien courir et surtout à aimer ça (oui, moi, le plat!). J'attaque la 2ème citadelle du jour, Roquefixade. Je monte bien, franchement plus les km passent plus je me sens bien. Le temps s'est levé, j'ai quitté la veste, la boue se fait plus rare, la vie est belle. La vue aussi d'ailleurs: depuis les crêtes, c'est une tuerie avec Roquefixade en premier plan et les Pyrénées enneigées derrière. Enfin c'est pas pour autant que je ralentis pour admirer la vue, faudrait pas déconner quand même!

Roquefixade et les Pyrénées enneigées en arrière plan. la plus belle vue de la course! Photo: Brunilde Girardet

Descente, 4ème et dernier ravito (km58) où je trouve qu'il y a bien du monde (on a rejoint le parcours des 40km) et donc je ne m'arrête pas. J'attaque la dernière gâterie du jour avec Vivien, breton et fier de l'être, drapeau accroché au porte-ceinture. On monte à un bon rythme ensemble mais je le perds peu à peu sur le dernier mur. Pas grave, je préfère aller à mon rythme. Je prends du plaisir sur les crêtes qui suivent, rocailleuses comme je les aime. Je cours bien et tout coureur qui entre dans mon champ de vision se doit d'être doublé. Copyright Lucie Jamsin! :) Bon, c'est sûrement presque que des coureurs du 40km mais peu importe, ça me motive. Dernière descente raide où je me fais plaisir et dernière ligne droite. Je suis contente de cette fin de course, je finis fraiche et c'est plutôt de bon augure pour les prochains ultras! Je franchis la ligne après 8h43, 2ème femme, 44/289 scratch (15%).


Grand sourire pour la dernière ligne droite, spéciale dédicace pour Isma! :) Photo: Brunilde Girardet.

"Ce qu'il faut retenir" comme dirait Maria, c'est qu'il ne faut JAMAIS croire que le parcours des citadelles puisse être sec. Une goutte d'eau ici, c'est 1L de boue. L'Ariège est magique! :) Cette édition ne fut donc pas une édition "au sec"... mais "à sec" ! Sans flask, j'ai du boire 1L à tout casser sur la course. C'est peu, trop peu pour près de 9h d'effort. Néanmoins en contrepartie je me suis plus alimentée que d'habitude et finalement je n'ai pas vraiment eu de coup de mou (malgré un bon mal de crâne à l'arrivée!). J'avais programmé ma polar V800 pour qu'elle sonne toutes les heures ("profil sportif" avec option "tour automatique" toutes les heures). C'est un excellent moyen de se rappeler qu'il est temps de s'alimenter sans avoir à rester le nez collé au chrono. Au total, j'ai mangé 6 pastilles de dextrose + 7 barres isostar, toutes différentes pour varier les gouts et les textures et éviter l'écoeurement.

Pour finir, merci aux organisateurs pour cette édition très sympa des citadelles "au sec" comme ils disent. Qu'est ce que ça doit donner les éditions humides!!! Merci également aux bénévoles, supporters et photographes, amateurs ou non, Brunilde et Yvan en tête! Enfin et comme toujours, un grand merci à mes partenaires qui me soutiennent: isostar,  Raidlight,  trailstore,  Polar,  BVsport,  Stations de trail.

Le prochain épisode au Défi de l'olympe: 6h de D+ pour faire chauffer les mollets!

samedi 5 mars 2016

Ultra bout du cirque 2016 - le retour à l'ultra

Premier ultra d'une longue liste cette saison, l'ultra du bout du cirque m'attend ce week-end. Le menu est relativement léger, du moins pour un ultra: 102km pour 3900 m+. Néanmoins c'est la première fois que je m'aligne sur une si longue distance si tôt dans la saison. Je m'attend à un appetizer roboratif, j'espère juste éviter la crise de foie!




Samedi à 4h du mat' (merci le trail), nous sommes pile 100 sur la ligne de départ à Bez. Un vent froid souffle et je m'inquiète un peu de ma tenue: je pensais que les Cévennes étaient dans le sud, breaking news, c'est en fait en Arctique! Je sors donc mon coupe-vent ultralight de Raidlight, ça va déjà beaucoup mieux. Je suis toujours bluffée qu'une chose si légère puisse être si chaude! Le départ est donné, on ne fait pas plus de quelques dizaines de mètres de plat avant d'entamer la première montée vers les causses. J'alterne course et marche. Je suis étonnée par mon état de non-fraicheur: les mollets me tirent dès le départ, je ne suis pas loin de l'état que je pensais n'avoir que 100km plus loin. J'essaie de me rassurer en me disant que ce sont juste mes muscles qui sont tétanisés par le froid ... l'espoir fait vivre.

400m de D+ en 3km et nous voilà donc sur les causses. Suit un 10aine de km de plat où il faut courir. Evidemment ce n'est pas mon fort. Valses dans les oreilles et coureurs aux fesses m'aident à garder un rythme correct. J'atteins même à un bref moment une pointe à 11km/h, c'est pour dire!

Une courte descente nous mène dans le cirque de Vissec. On passe la resurgence de la Vis (km14) où, malgré la musique, j'entend nettement l'eau bouillonner. Je connais cet endroit, j'y étais avec mon frère++ il y a 2 ans. Je sais à quel point c'est impressionnant, dommage, aujourd'hui on y passe de nuit. Le single qui suit le long des gorges de la Vis est sauvage de chez sauvage, il faut presque mettre les mains pour écarter les buis. J'en serai quitte pour de belles écorchures sur les cuisses, menfin pas de grave, on est des traileurs quand même!

Suivent quelques km bien raides pour ressortir du crique et rejoindre les causses. Je me retourne pour admirer la vue mais je regrette d'être allée si vite (foutue pointe de vitesse à 11 km/h!). C'est tout juste la pénombre et je n'en devine que les contours.

A Blandas (km26) se trouve le 1er ravito. J'ai encore largement de quoi me nourrir dans mon sac. Quelques bouts de banane et je repars. Les 10 prochains km sont plus ou moins plat avec quelques bosses pour faire passer l'addition. Je cours - à mon rythme certes, mais je cours. Manque de vigilance ou sur-vitesse (!), je ne vois même pas le ravito à Montdardier (km35), heureusement, je n'en ai pas besoin. 400m D- de descente bien raide, ah ça c'est plus mon truc! Puis apparait le Vigan (km50) où je retrouve Cyril mon plus fidèle assistant et Myriam derrière l'objectif. On m'annonce 16ème au scratch.

Ravito du Vigan avec Cyril aux petits soins (photo: Myriam Campigna)

Changement de sac suite à un problème technique, alimentation express: boisson reload, actifood, energy shot; le tout en même temps c'est encore meilleur! Je repars pour 2km de plat. Surprise alors que je traverse le pont: Myriam et Cyril m'attendent pour les derniers encouragements d'ici l'arrivée. Le geste me fait plaisir, je passe avec une large sourire!

Grand sourire et petite foulée au sortir du Vigan (photo: Myriam Campigna)

A partir de là, le profil comme les paysages changent complètement. Cette course, c'est 2 trails pour le prix d'1! Jusque l'arrivée nous n'auront presque plus de plat mais une succession de bosses courtes mais raides. C'est usant et je sais qu'il faudra gérer. Mais ça, c'est sûrement ce que je sais le mieux faire.

Dans la montée vers la Rouviérette, je rejoins un coureur suisse qui décide de devenir mon lièvre. Et c'est un sacré numéro: il commence par un "ah ça fait plaisir de voir une féminine qui a des formes." Euh, je ne sais pas comment il faut le prendre... Bon d'accord j'ai peut-être un peu forcé sur la croziflette cet hiver! Jusqu'au ravito, il ne cesse de m'encourager avec des "allez ma belle, vas-y poulette". J'ai envie d'exploser de rire! A un moment il me dit "c'est super ma jolie, bon, tu n'arriveras pas à rattraper d'autres gars devant mais c'est déjà super ce que tu as fait". On est au km50 et je sais que beaucoup de choses peuvent encore se passer alors je souris intérieurement. D'ailleurs on arrive au ravito de la Rouviérette (km55) et je vois un gars repartir tout juste. Je fais un arrêt express (banane pour changer) et repars seule. Je double rapidement le coureur en question et souris en repensant aux paroles de mon chevalier suisse. Fallait pas sous-estimer la force tranquille des gambettes!

Une nouvelle bosse, je double encore quelques coureurs. Je me sens vraiment pas mal depuis un certain temps! Au ravito d'Aulas (km72), je suis autour de la 10ème place au scratch. Je galère un peu pour remplir mes flasks (powertabs citron). Ah je n'ai plus l'habitude de devoir faire ça toute seule! Je repars (avec une banane of course). Un coureur, Dominique, me suit. Je me souvient de lui sur la ligne de départ: c'est rare pour un gars, il est tout de rose vêtu: tshirt, short, buff, chaussettes. Je n'ai pas vérifié son caleçon! Il me dit qu'il joue la 1ère place V2. Il souffre du genou et veut profiter de mon aspiration. On fait un sacré bout de chemin ensemble. On papote et ça nous motive, on avance plutôt bien. On double quelques gars au train, nous voilà 7-8 au scratch.

Dans la descente vers Bez, j'ai subitement des crampes d'estomac. J'ai fait l'erreur de ne pas me couvrir assez tôt alors que le temps s'est gâté et comme souvent chez moi je le paie cash. Je dis à Dominique de passer et fonce dans les buissons. Ils s'en souviennent encore... Mince, j'ai oublié les smecta! J'arrive au dernier ravito, à Bez (km88), juste après Dominique et on repart ensemble.

Il ne reste plus qu'une bosse. La montée se passe bien mais dans la descente, rebelotte: crampes d'estomac, buissons. Je repars en marchant car j'ai encore mal au bide, puis j'arrive tant bien que mal à recourir. Il vont être longs ces derniers km! Dominique n'est que quelques dizaines de mètres plus loin mais je n'arriverai jamais à le rejoindre. Quelques km de plat en digestif puis voilà l'arche. 12h35, 1ère femme, 8ème/73 scratch (11%). Je suis contente d'en avoir fini, les deux dernières heures ont été longues!

Le sourire à l'arrivée (et les toilettes pas loin). Photo: organisation

Pour la petite histoire, je finis en 12h35 alors que je m'étais fait un plan de course en... 12h35! Je n'ai jamais été à plus de 5' de mes temps de passage. Une régularité qui fait plaisir!

Pour résumer, c'est un bel ultra qui gagnerait à être plus connu. J'espère que petit ultra deviendra grand (mais pas trop)! Tous mes remerciements vont aux organisateurs et bénévoles pour leur dévouement et leur simplicité. Un spécial merci à Denis et Myriam qui nous ont accueillis Cyril et moi comme des rois. En espérant pouvoir vous rendre l'appareil prochainement dans nos montagnes! Un grand merci à mes partenaires qui me soutiennent: isostar, RaidlighttrailstorePolar, BVsport, Stations de trail.

Le prochain épisode aux trail des citadelles 70km le 27 mars.