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vendredi 4 octobre 2019

100 miles Sud de France - clap de fin!

Alors celle-là elle n'était pas prévue. Mais après être passé à côté de l'UTMB, je sais que j'ai besoin de vite me remettre en selle pour ne pas trop gamberger. 5 semaines après l'UTMB, me voici donc au départ du 100 miles Sud de France, une course que j'avais déjà faite en 2015. Ce n'est peut-être pas très raisonnable d'enchainer deux 100 miles si rapprochés mais les chronos sur mes derniers entrainements sont plutôt bons et la tête en a envie alors c'est parti. Et puis ce 100 miles c'est un peu de la triche parce qu'il est globalement descendant. Bon d'accord, il faut quand même se coltiner 174km 8200+ et 10000-...

[voir le parcours sur tracedetrail]

Nous sommes environ 250 au départ à 10h du mat à Font Romeu. Bon, c'est sûr, ça me change de l'UTMB! Un petit tour de stade sera suffisant pour étirer le peloton. Je me doute que je risque de piocher sur la fin de course, pourtant je pars à un rythme correct de "aller au bout sans vendre des cravates". Je suis en tête de la course féminine dès les premiers mètres. C'est facile à voir puisqu'il n'y a qu'une vingtaine de gars devant moi. Ah le plaisir des courses intimistes!

Les 13 premiers km sont sympa et permettent de s'échauffer en douceur puisque c'est globalement descendant. Je trouve que les jambes sont plutôt bonnes, ça c'est déjà un bon point.

Photo: organisation


C'est à Planès (km13) que la course commence vraiment avec les premières montées. Mais là c'est un sketch: je suis bien sur le GR10 mais je ne vois plus aucune rubalise. Je veux faire demi-tour mais un coureur derrière moi me dit qu'il a fait la reco et que si, c'est par là car il faut suivre le GR jusque Arles. OK donc, va pour le GR mais c'est quand même assez déroutant car sur les 10 prochains km je verrai peut-être 2 rubalises... Heureusement qu'il y a la peinture rouge et blanche du GR!

En tout cas le sentier en lui-même est vraiment canon. Jusqu'au col Mitjà (km25) on n'a presque que des monotraces, souvent techniques. C'est très sauvage et "pyrénéen". La vue du col de Mitja vaut le détour. Je me dis que j'ai bien fait de craquer et de la faire cette course!

Photo: Olivier Jeantet

Le festival pyrénéen continue avec le joli col de Pal (km33) puis une longue descente entrecoupée de quelques bosses jusque Vernet les bains (km55). Là je retrouve mon assistant du jour, en la personne de Denis (également organisateur du Ceven'trail). J'ai un peu honte car cela fait des heures qu'il m'attend et je ne reste que quelques minutes, sans décrocher un mot en plus! Ah si, j'ai quand même le culot de lui faire remarquer que ces chaussures qu'il a sorties du sac, elles n'ont rien à faire là puisque c'est seulement à mi-course que je lui ai demandé de les préparer. C'est que mamie a ses manies et en l'occurrence c'est qu'il y ait le minimum de choses sur la table d'assistance. Comment ça, je suis psycho-rigide en course? Dans la vie aussi peut-être en fait... ;)

Je repars du ravito malheureusement 5' après le départ du 120km. Mauvais timing car ce qu'y m'attend, c'est 10km 1500+ de sentier étroit sur lequel je vais devoir beaucoup doubler. Les coureurs sont très sympas, beaucoup se poussent et préviennent devant pour qu'on s'écarte. J'ai droit à beaucoup d'encouragements, ça me motive, mais ce rythme de "doubler vite-reprendre ma respiration derrière" est épuisant. Je laisse pas mal d'énergie dans la bataille. Au refuge des Cortalets (km65) c'est la cohue et comme je n'aime pas ça, je repars aussi vite que possible. Venez pas m'embêter, je veux être seule! De toute façon, mieux vaut ne pas trop s'attarder car la nuit est tombée et il commence à faire frais (nous sommes au point culminant, 2180m).

Peu après le brouillard fait son apparition. D'abord léger puis tellement épais que je peine à voir quelques mètres devant. Je jardine plusieurs fois car je ne vois pas le balisage, pourtant irréprochable, mais la visibilité est telle que même le chemin devant mes pieds est difficile à discerner. En plus je suis seule, je ne vois pas une frontale ni devant ni derrière. Un bon coup de flippe quand même! Autant vous dire que je suis bien soulagée d'en sortir peu avant Batère. En plus cerise sur le gâteau, je retrouve mon grand frère et Céline qui me font la surprise d'être là. Mon frère me dit "le ravito est juste en bas, il y a un groupe de 4-5 féminines qui font une pause". Je souris car je comprends qu'il ne sait pas qu'elles sont sur le 120km. Devant moi sur le 100 miles il n'y a que 6 gars...

Le ravito de Batère (km80) est bien trop bondé à mon goût. Je leur dit que je vais juste remplir les flasques et repartir. A quoi mon frère répond: "quoi, on a fait toute cette route, on t'a attendu dans le froid, dans la bruine et toi à peine tu arrives et tu repars?". C'est une pâle imitation de ma mère sur le ravito de Cilaos sur la diag 2014 sauf que elle le disait tout à fait sérieusement! :) Je repars en ne pensant ne plus les revoir. Mais c'est mal connaitre mon frère puisque cerise sur la cerise sur le gâteau, je les retrouve 10km plus loin, juste avant Arles sur Tech (km92). On rejoint ensemble le ravito où Denis nous attend. Je suis bien et je prends le temps de leur dire au moins deux phrases en me ravitaillant (purée pommes de terre-lentilles-curry). En repartant j'ai quand même droit de la part de mon frère à un "quoi déjà? tu repars sans même m'avoir demandé comment j'allais". Tout cela évidemment avec un grand sourire! :)

Au ravito d'Arles sur Tech. Photo: organisation


Les deux bosses suivantes ne paient pas de mine sur le papier mais elles sont trompeuses. Il y a beaucoup de cailloux, voire de rochers à enjamber, notamment le puit à glace qui est une tuerie pour ceux qui aiment le roulant. Plus sauvage, tu meurs! Mais ça tombe bien, j'aime ça! On a passé les 110km et je me sens bien, je prends du plaisir et suis vraiment contente d'être là. Mais dans la descente suivante changement de scénario car une douleur à l'épaule gauche se déclare. C'est le mouvement de balancier du bras qui me fait souffrir, lorsque le coude passe derrière le corps. Cette douleur, je ne l'ai pas vue venir et à ce jour je ne l'explique toujours pas (quelque chose de coincé?). La solution que je trouve, c'est de bloquer mon bras gauche sur mon ventre ou dans ma poche pour l'empêcher de bouger quand je cours. Mais mon équilibre s'en trouve affecté et je pers du temps, notamment sur les descentes techniques que je dois faire en marchant. Oui, tout le monde ne s'appelle pas Kilian Jornet (cf sa hardrock en 2017)!

J'avance mais ça doit quand même me faire gamberger car dans la descente vers le Perthus, je rate une bifurcation à droite (certes pas très bien indiquée). Je continue quelque temps la piste forestière avant de comprendre mon erreur. Je perds une quinzaine de minutes dans l'histoire. Pas très grave mais je suis en colère contre moi. Surtout que je suis un peu sur les nerfs avec cette foutue épaule qui me fait de plus en plus mal. Ce n'est pas une douleur insurmontable mais autant je résiste bien à la douleur de fatigue musculaire, autant je suis très faible face à la blessure. Je gamberge en espérant que ça n'empire pas.

Au Perthus (km135), je retrouve Denis pour une assistance encore parfaite. Je lui dis que j'ai mal à l'épaule et que je risque de perdre du temps en descente sur mon plan de course (marche!). Je repars pour la dernière grosse bosse. La montée au col de l'Ouillat se passe bien mais juste au dessus, un vent glacial souffle. C'est dingue, j'étais en tshirt juste avant et en quelques minutes, je dois mettre les manchettes et sortir la veste. Les gants n'auraient même pas été de trop! C'est de loin l'endroit le plus froid de la course, pourtant il fait beau, il est midi et on n'est qu'à 1200m d'altitude. Il y a un micro-climat assez hallucinant car à peine passé le Puig Neulos, je crève de chaud et dois tout enlever!

Je fais la descente vers la Vallée Heureuse en marchant. Il y a l'épaule évidemment mais il faut aussi avouer que mes cuisses sont gorgées de lactate depuis quelque temps. Probablement un souvenir de l'UTMB que je n'ai pas entièrement récupéré. Je retrouve Denis au ravito de la Vallée Heureuse (km155). J'ai le visage fermé et probablement marqué. Je ne sais plus si je lui parle, en tout cas je n'ai pas du dire grand chose d'autre que le "j'ai mal à l'épaule" qui tourne en boucle dans ma tête. Je vais finir mais je sais qu'avec cette douleur je ne vais plus beaucoup m'amuser. Il faut aussi dire que cette dernière partie de course est moins fun car il y a beaucoup de pistes et moins de vue qu'au début.

Photo: Denis Campigna


Peu de temps après, je me fais doubler par un coureur du 100 miles. Il est d'une fraicheur d'une autre dimension par rapport à moi. Je n'envisage même pas d'essayer de le suivre. Je le suis quelque temps des yeux et le trouve très beau avec sa foulée légère. Une antilope qui double un éléphant, voilà l'image que je m'en fais. Je perds avec cela ma place sur le podium scratch (j'étais 3ème au général).

Je passe tant bien que mal le Puig de Sant Miquel (km160) et Lavail. C'est avec une joie intérieure non dissimulée que je retrouve le bitume, synonyme de presque arrivée. "Presque" parce qu'il me faut encore parcourir près de 5km de route pas très rigolos. Heureusement je retrouve Olivier qui finira avec moi ces dernières minutes. J'ai aussi la surprise et le joie de retrouver mes beaux-parents qui sont en vacances dans la région et sont venus me voir. Je franchis la ligne en 29h13, 1ère femme, 4ème scratch/141 (3%).

Ainsi s'achève ma saison 2019 puisque c'était mon dernier dossard de l'année (normalement...). Le bilan de la saison viendra plus tard mais une chose est sûre, je suis extrêmement contente d'avoir fini sur cette course familiale qui fait du bien au coeur. J'avais besoin de tourner la page de l'UTMB et quelque soit le résultat, c'était de toute façon une bien belle façon de le faire! Merci à l'organisation de nous avoir concocté ce beau 100 miles de fin de saison, merci aux bénévoles qui sont toujours extras mais qui le sont peut-être même encore un peu plus sur cette course! Et une énormissime merci à Denis qui a assuré une assistance en or! On remet ça quand tu veux chef! ;)

A l'an prochain pour de nouvelles aventures!

dimanche 26 mai 2019

Trail du Hautacam 2019 - Attrape moi si tu peux!

Aujourd'hui c'est mon pèlerinage annuel trailesque dans les Pyrénées. Je fais presque tous les ans une compet' chez nos amis pyrénéens parce que j'aime changer et voir de nouveaux coins et parce que j'en ai marre d'entendre dire que les gens des Alpes ne viennent jamais courir dans les Pyrénées. Moi si, na! Donc après le GRP, la Black Mountain Race et plusieurs participation aux Citadelles, aujourd'hui j'innove avec un trail que je ne connais pas dans un coin que je ne connais pas: le trail du Hautacam 62km 4200+.

[voir le parcours sur tracedetrail]

Je suis en bonne compagnie puisque j'ai emmené mon frère dans ma camelback. Non pas pour m'assister puisque aujourd'hui ce sera sans assistance (oh my god, sais-je encore comment s'ouvrent les flasques??). Mais parce que lui aussi va mettre le dossard sur la version maratrail 42km 2600+. Ce sera son premier marathon. Son départ est 2h après le mien et un calcul rapide me fait dire qu'il devrait arriver avec moi mais je suis joueuse et le défie: "le premier de nous deux qui arrive à Beaucens a gagné". Comme nos "le premier de nous deux qui arrive au fond du jardin a gagné" quand nous étions petits (à pieds, en rollers, en vélo, sur une jambe, sur un bras!). Autant vous dire que je ne suis jamais arrivée la première au fond du jardin! Est-ce qu'aujourd'hui serait le-jour-où-j'ai-réussit-à-gagner-un-défi-contre-mon-frère?

5h à Beaucens donc, le départ est donné. Quelques mètres de bitume et on commence déjà à grimper. Une petite bosse pour s'échauffer, puis on attaque la grosse bobosse qui nous mènera jusqu'au pic Nerbiou (1300D+). On est très rapidement en terrain dégagé et la montée se fait presque intégralement sur les crêtes. Un début de parcours qui m'enchante: des monotraces à gogo et la montagne presque pour nous tous seuls. Ca me fait extrêmement plaisir d'être là. C'est finalement mon 1er trail en montagne de 2019 et ça m'avait manqué! Dommage que les nuages nous bouchent la vue car je suis sûre que ça doit être somptueux.


Montée au pic Nerbiou. Photo: organisation

La descente jusqu'au bois d'Isaby est pour le moins humide. En fait ce n'est pas dur, les pluies diluviennes d'hier ont transformé les chemins en  torrents. Au début j'essaie d'éviter de me mouiller les pieds mais je comprends vite que c'est peine perdue.

La montée jusque Soum de la Siarrouse se fait de nouveaux par les crêtes sur des monotraces plus que sympas. Suit une descente en aquaplanning vers le joli lac d'Isaby puis 10km à flanc de colline où il faut essayer de courir quand la boue et les mares naturelles le permettent. La descente depuis Courtalet jusque Gazost est toujours aussi belle mais elle casse bien les gambettes (1200D-)!

A la vue du parcours, je me demandais si le 62km "valait le coup" par rapport au 42km puisque la seule différence est la dernière bosse. Va-t-elle réellement apporter quelque chose? La réponse est oui! Et même un grand oui! Car cette montée jusqu'au Pic d'Hautacam est juste splendide. 8km de crêtes en monotrace, du bas jusqu'au sommet! Mes yeux et mes pieds se régalent, même s'il est vrai que les gambettes commencent à couiner. Il faut dire qu'après 50km, elle est dure cette montée, et on n'en voit jamais le bout!

La descente qui suit est raide sur le début puis, quand on rejoint le 42km, assez roulante. Je relance et jette mes dernières forces dans cette descente. Je double plusieurs coureurs et coureuses du 42km mais ne vois pas mon frère. Je me doute qu'il est loin devant mais on ne sait jamais, avec un peu de chance il aura craqué!! :D

A quelques mètres de l'arrivée, je le vois, changé et sec, un grand sourire aux lèvres. Il est arrivé depuis près d'une heure... Encore battue!! Bravo grand frère!

Haut les mains et bas les pattes! Photo: organisation

Je passe la ligne en 9h49, 1ère femme, 21/150 scratch (14%). Le chrono n'est pas folichon mais satisfaisant pour aujourd'hui car j'ai fait une bonne course sachant que je suis dans un gros bloc d'entrainement en vue du prochain ultra: prochain RDV dans les cailloux du Carroux pour la 6666 occitane

samedi 4 mai 2019

Tchimbé Raid 2019 - Quelle aventure!

12h passé de quelques minutes, j'attends avec 150 autres concurrents sur le stade (quelque peu tristounet) de Saint Pierre. Devant, nous attend le Tchimbé Raid, 103k et 5600+ à travers la partie nord de la Martinique.

[Voir le parcours sur tracedetrail]


Briefing pré-course de Roger, avec Yann et Hortense. Photo: organisation.

Le départ est donné. Dès les premiers mètres, je sens que les jambes ne sont pas mauvaises, c'est cool! Mais quelques minutes plus tard, je commence déjà à déchanter: nous sommes partis depuis 1km à peine et je suis déjà en nage. "En nage" est un euphémisme - en fait je suis une flaque sur pattes! Je suis trempée du bout des cheveux au bout des orteils. Moi qui d'habitude ne transpire pas! Mais de toute évidence je ne supporte pas bien ce départ sous la chaleur, surtout qu'il n'y a pas un brin d'ombre. J'ai mal à la tête et toutes les peines du monde à respirer, je suis au bord de la crise d'asthme. J'ai l'impression que tout mon corps rayonne de chaleur. Je suis un filet mignon dans un four à vapeur.

Hortense me double et je ne peux absolument pas la suivre puisque même sur le plat, je marche. Assommée par la chaleur. Je me dis qu'il va falloir réussir à refroidir la machine car je ne tiendrai pas 100km comme ça. Elisabeth et un groupe de coureurs me rejoignent. J'essaie de m'accrocher comme je peux au groupe. Est-ce que qqun aurait l'amabilité de sortir la corde et de me tirer siouplé? Peu après on bifurque pour un court mais intense passage de jungle. C'est méga raide, il faut enjamber des arbres, sauter dans la boue. Ce n'est plus de la course, c'est du hors-piste dans la jungle et ça m'amuse énormément. C'est tellement différent de ce que je fais habituellement! Je lâche un élégant "putain, c'est trop bien!". Je suis comme une gamine devant son premier G.I. Joe (non? ah bon?). Un coureur me dit que si ça me plait ici, je vais me marrer sur la 2ème partie de course. Cher coureur, je ne sais pas qui tu es mais saches que si tu passes par là, c'est toi qui a sauvé ma course. Car avant cela j'étais dans un mode négatif "il fait trop chaud, je ne vais pas réussir". A partir de là, je passe en mode guerrière: "je vais la finir cette course et elle va être inoubliable"!

Mode guerrière ON! Photo: organisation.

Il faut dire également qu'à mesure qu'on grimpe la Pelée, la température redescend. En haut (km13), on est même dans un épais brouillard avec du vent frais. Je soulève le tshirt autant que je peux pour refroidir le haut du corps. Si j'osais je courrais nue! :) Le moteur commence à refroidir, le rythme devient meilleur. En haut de la Pelée, on doit voir à 10m. Pour la vue imprenable, il faudra revenir!

Le début de la descente est extrêmement technique, voire même un peu dangereux mais c'est exactement ce qui m'amuse. Je double plusieurs coureurs. Un coureur me rattrape avec un "allez toupine!". C'est Christopher qui s'est perdu dans la montée. Dommage pour lui mais le voir m'a fait sacrément plaisir! Surtout que peu après on rejoint Hortense. Les trois toupines ensemble! :)

Christopher prend la poudre d'escampette et je double Hortense qui préfère assurer dans la descente. Il est vrai que ce début de descente est joueur. Si c'est tout le temps comme ça, ça promet! En fait à mi-descente le chemin devient plus raisonnable. On longe des bananeraies avec une vue sympa sur l'océan. Après Macouba (km23), c'est reparti pour plusieurs petites bosses sans difficulté. Je cours un peu mais moins que ce que je devrais. La température a baissé mais sur cette partie je me fais moins plaisir et donc je suis un peu moins motivée. Il faut dire que le semi entre Macouba et Ajoupa Bouillon (km44) est un peu monotone. Enfin il faut aimer les bananeraies... et les bananes! (private joke :))

Photo: organisation.

C'est à Ajoupa Bouillon qu'on rejoint la jungle. A partir de là, la course entre dans une autre dimension intergalaxique. En fait, ce n'est plus une course, c'est Koh Lanta. Il fait nuit, je suis seule avec ma frontale dans la jungle. Enfin seule, pas tout à fait car à en croire le brouhaha incessant, il doit y avoir quelques centaines de petites bébêtes autour de moi. Ca crie, ça bouge, ça saute dans les arbres. Je ne m'inquiète pas car on m'a dit qu'il n'y avait pas d'animaux dangereux. Enfin bon, j'ai quand même reconnu le cri d'un tigre, d'un lion, voire même d'un crocodile! Parole de grenobloise!

Le chemin est à peine tracé mais les nombreuses rubalises nous montrent la direction. Il faut enjamber certains arbres, passer sous d'autres, sauter de racines en racines, traverser des rivières et des mares de boue. C'est fun mais ça n'avance pas! Le clou du spectacle se situe après Rivière Lézarde (km70) avec une pente ultra raide en glaise, sur laquelle les pieds n'ont aucune prise. Je monterai à la force des bras, en me tirant sur les arbres et tout ce que mes mains peuvent agripper. Un truc de fou! Là je me dis que les organisateurs sont joueurs! Je pense que certains vont rester coincés en bas!

A partir du village Colson (km83), je connais puisqu'on a fait la reco il y a 2 jours avec Julien, Sangé et Yann. Il ne reste que 15km, principalement descendants, mais je sais qu'ils vont être longs (2h30 en l'occurrence). Boue, racine, slalom entre les arbres. C'est en quelque sort le bouquet final de la course, tout ce qu'on a eu de plus dur, condensé en quelques km. Et toujours ce brouhaha incessant des petites bébêtes qui m'a suivi toute la nuit. J'en ai presque mal à la tête!

Me voilà dans Schoelcher. Quelques centaines de mètres de bitume et je franchis l'arrivée. 16h25, 1ère femme, 8/117 au scratch (7%). Je suis super contente. Quelle course! Enfin non, quelle aventure!

Le sourire de l'arrivée. Photo: organisation. 

Evidemment en premier lieu, je voudrais remercier l'organisation, notamment Roger, Michel et Laurence. Merci pour l'invitation mais plus encore pour m'avoir fait vivre cette folie. La 2ème moitié de course est tellement hallucinante! Ca dépoussière! J'encourage tous ceux qui commenceraient à tourner en rond avec les trails en Métro ou équivalent à venir sur le Tchimbé. C'est tellement différent, tellement rafraichissant. Enfin pour l'esprit! 

Merci également aux martiniquais pour leur accueil. Vous avez été tous extrêmement chaleureux et bienveillants. Ca fait un bien fou! Je reviendrai, c'est sûr! Bébêche m'attend! :)

Et enfin merci au toupins et aux toupines. De bien belles rencontres!

Prochain épisode sur le trail du Hautacam pour le pélerinage (presque) annuel dans les Pyrénées.

samedi 16 mars 2019

Ecotrail de Paris 2019 - Les jambes en mousse!

Deux semaines après le l'ultra du bout du cirque, c'est déjà le retour des épingles! Au programme 80km 1250+ sur l'écotrail de Paris. Ce ratio km/D+ n'est clairement pas ce qui me convient le mieux -ni me motive le plus - mais pour progresser, il faut travailler ses points faibles! Et puis c'est l'occasion de courir avec le reste du team vibram puisque cette course est le rassemblement annuel du team (après le MIUT l'an dernier... contraste contraste!). C'est aussi l'occasion de courir pour mon club, le Taillefer Trail Team, puisque cette course est une manche du TTN. Bref, je n'aurais pas cru cela possible, mais pour la 2ème année de suite, je suis là.

[Voir le parcours du tracedetrail]

La récup depuis l'ultra du bout du cirque s'est bien passée je pense. J'ai réussi à faire de bonnes sorties et à retrouver de la vitesse. Je sais que je ne vais pas briller sur cette course mais à quelques minutes du départ je suis assez confiante: reposée, sans stress, je risque peut être de puiser dans les dernier 30k mais ça devrait le faire.

Seulement ça, c'était 15' avant le départ. Car dès l'échauffement, je vois bien que ça ne va pas. Je n'ai rien dans les jambes. Aucune force, impossible de pousser. Les jambes en mousse! Je me connais et je sais très bien que les sensations à l'échauffement seront mes sensations de course. Ca ne s'annonce vraiment pas bien cette histoire.

Avec le copains du team, Yulia et Stefano. Photo: Niccola Faccinetto
 Le départ est donné et ce que je pressentais se confirme: je n'ai rien dans les jambes. A partir de là, ce sera un long chemin de croix. Un chemin sur lequel je me ferai doublée doublée doublée pendant au moins 1h. Il m'est impossible de courir en montée et je galère à ne pas marcher sur le plat. Je cogite pendant les 20 premiers km: j'arrête ou j'arrête pas? Evidemment je n'arrête pas car, même si à ce moment ça me traverse l'esprit, je sais que je m'en voudrais bien trop à froid d'avoir renoncé à la première difficulté. Trop fière la meuf!

A Buc, je retrouve Uxue et Nic qui m'assistent. C'est super de les voir. Leurs sourires et leurs encouragements me motivent. Je repars pas plus vite qu'avant mais avec la banane (au sens propre comme au figuré, d'ailleurs!).

A partir du 30ème km, les premiers pop corn sont de sortie. Vous savez ces coureurs qui partent sur un 80km comme si c'était un marathon et explosent comme une bulle. J'en rencontrerai de plus en plus. Chaque pop corn en ligne de mire sera un objectif à doubler. Vous me direz, ce n'est pas dur, ils marchent même sur le plat. Mais si, pour des jambes en mousse, même ça c'est un défi. Et à chaque fois que j'en double un, je crie dans ma tête "pop corn!!". Ca me fait marrer. Faut bien s'occuper!

A Chaville, je retrouve Uxue et Nic pour l'assistance. Uxue me change les flasques, m'épluche ma banane, me demande comment ça va et a des gentils mots pour moi. Quand je repense à la "bataille" qu'on s'était livrée en 2014 sur la diag', je me dis nous avons toutes les deux bien changé!

Avec Uxue au ravito. Photo: Nicola Faccinetto

Peu après, je rencontre un coureur dont j'ai oublié de demander le nom mais avec qui je ferai tout le reste de la course. On papote un peu pour passer le temps mais surtout il connait la course comme sa poche et me briefe à l'avance de ce qui suit. Ca m'aide beaucoup, et puis courir à deux me motive. Merci à toi si tu passes par là! Sur les 10 derniers km qui sont plat plat plat plat plat et ch**** ch**** ch**** ch**** ch****, on a formé un petit groupe de 5-6 coureurs. Plus personne ne parle, pas possible, on sert trop les dents!

Ah enfin, la voilà cette foutue tour Eiffel! Je crois bien que je n'ai jamais été aussi heureuse d'être à Paris! :) Je franchis la ligne puis monte au 1er étage, toujours au pas de course mais c'est juste pour me la péter devant les caméras car cette année le chrono était arrêté en bas. Au final, je finis en 8h13, 11ème femme (outch), 8% scratch. Le chrono n'est pas si catastrophique que ça pour moi qui ne suis clairement pas une bonne coureuse. Mais c'est dommage, les sensations ont été tellement mauvaises que je n'ai pas pu apprécier la nature intacte de la course, les jolies singles, les fleurs sauvages, les oiseaux qui chantent. Ah y en avait pas? Au temps pour moi! :) Ceci dit, à part les 10 derniers km qui ne sont presque que du bitume, le reste de la course se fait presque intégralement en forêt. Pas de doute c'est du trail. Bon, c'est sûr, faut aimer la forêt l'hiver...

Merci au team vibram pour ces 5j de rigolade. On (je) ne performe pas toujours mais on se marre toujours autant! Enfin pour l'an prochain, si on pouvait se marrer au soleil et en terrain accidenté, ça m'arrangerait! Et comme toujours merci à ceux qui me soutiennent même lors des journées mousse: vibram, NaïtUp et Hammer Europe.

Prochain épisode sur le tchimbé raid où on va, c'est sûr, bien se marrer!


samedi 2 mars 2019

Ultra du bout du cirque 2019 - C'est reparti!

4h du mat' au Vigan. Je suis sur la ligne de départ et honnêtement je me demande un peu ce que je fais là. Un 100km pour une reprise, c'est un peu gonflé. D'ailleurs il y a 2 semaines, j'étais à deux doigts de demander à l'orga de basculer sur le 60km. Je trouvais que je n'avais pas assez d'entrainement dans les jambes, comme tous les ans en fait, car je n'arrive jamais à bien m'entrainer l'hiver. Manque de motivation pour des sorties longues, et probablement aussi besoin de faire un break. Mais voilà, entre temps il y a eu une semaine de vacances où j'ai réussi à sortir une semaine à 40h de sport alors je me suis dit "why not". Bref, je suis sur la ligne de départ pour une triple première: première course de 2019, première fois que je reprends la saison sur un ultra, première course en indiv chez les "jeunes vieux". Mais deuxième participation à cette course après 2016. Au programme environ 100km 4300+, avec pour seul objectif de faire une course régulière sans me soucier des autres.

[Voir le parcours sur tracedetrail]

Top départ. Quelques centaines de mètres de bitume à travers la ville et on attaque déjà les premiers sentiers. Toute la première partie de course est nouvelle par rapport à 2016 et franchement je la trouve très sympa. C'est ludique, avec une grosse majorité de singles qui tournicotent, de petites bosses et de gros cailloux (ou le contraire). J'ai le plaisir de voir que les jambes ne sont pas si mal. Cool, j'ai l'air d'avoir bien récupéré en une semaine de mes vacances choc.

Le jour se lève et je suis estomaquée. Le ciel est rouge feu d'un côté, bleu noir de l'autre. Avec les montagnes qui se dessinent en arrière plan, c'est tellement beau que j'en ai la gorge serrée. C'est peut-être le plus beau levé de soleil de ma vie.

Sortie de la nuit dans un décor de carte postale. Photo: Cyril Bussat photosports.com

J'arrive à Aulas où m'attend la meilleure assistance de l'univers, si ce n'est plus: Pierre, Marie, mon frère Adrien, Jenny, mes petit neveux et bien sûr Cyril. Tape dans la main, quelques mètres en courant avec mon frère - ça me rappelle les bons souvenirs de l'UTMB. Il ne manque que la doudoune rouge (private joke)! Alors que je m'affaire à un ravito express, mes petits neveux sont plantés juste devant moi, leurs grands yeux ouverts, sûrement interloqués par toute cette scène. Qu'est ce qu'elle fait tatie? Sophie me dit "tu sais tatie, si tu gagnes pas c'est pas grave". J'ai envie d'exploser de rire. Je repars sous des "allez tatie, allez tatie". J'ai le coeur qui tambourine. C'est pas l'effort, c'est l'amouuuuuur.

Au ravito d'Aulas, "qu'est ce qu'elle fait tatie?" Photo: Adrien Blanchet

Après un montée bien sympa et rondement menées, suivent des crêtes géniales avec une magnifique vue à 360°. Je prends un pied d'enfer! Je suis tellement contente d'être là! Ah c'est bon quand même le trail, surtout sur un tracé si sympa!

Ceci dit, je commence à fatiguer et je n'en suis qu'à la moitié. Les montées et les descentes se passent plutôt bien mais relancer sur le plat devient difficile. Absolument rien d'alarmant, d'ailleurs je pense être tout à fait régulière mais l'ultra est -il faut bien le dire- toujours douloureux au bout d'un moment et dans la tête il faut être prêt à ça. Le moral aussi s'entraine et avec la pause hivernale, il s'est lui aussi un peu ramolli.

La ravito de Calo rouge me fait du bien dans la tête. Cyril y est seul puisque ma dream team se prépare à prendre le départ du trail de l'oignon doux (bravo les copains!) mais même voir Cyril me réjouit. Ca me fait quand même un drôle d'effet l'ultra trail! :D

Le parcours continue à être magnifique puisqu'on rejoint le cirque de Navacelles, qu'on surplombe d'abord avant de plonger la tête la première dedans. Suivent une dizaine de km très roulants où il faut courir 95% du temps. Ce n'est pas mon point fort mais depuis quelques temps j'essaie de me soigner (notamment grâce à Guillaume l'an dernier). Après 60km, les jambes commencent à être dures mais c'est tellement beau, je n'ai pas le droit de me plaindre. "Profite, regarde comme c'est beau. Et accessoirement lève les pieds et avance!", voilà ce qui tourne dans ma tête.

Un grand sourire pour une magnifique vue! Photo: Thierry Jouanin photosports.com

Après la remontée sur Blandas, je n'ai pas bien étudié le profil et je crois à tort qu'il ne reste que qq km avant de redescendre. En fait c'est plus de 10km de plateau, certes joli, mais qui après 75km de course me paraissent ne jamais en finir. Il faut courir, courir, courir. Je ne rêve que d'une chose: une montée pour marcher! Au détour d'une route, j'ai l'énorme surprise de retrouver Cyril et mes petits neveux. "Allez tatie, allez tatie, allez tatie", à dire très vite en faisant des bonds de 50cm de haut (soit l'équivalent de la moitié de la taille d'Oscar). C'était inattendu et ça me fait tellement plaisir de les voir! Ca me redonne du courage. "Allez, plus j'en finis vite, plus je les retrouves vite!"

Et effectivement, j'en suis presqu'au bout. Une dernière bosse après Bez, quelques km de plat pour bien finir mes jambes et tester mon moral, voire mon abnégation, et je retrouve mes deux petits neveux avec qui je franchis la ligne d'arrivée: 12h23, 1ère femme, 18/152 (12%) scratch. J'ai les enfants dans les bras et un grand sourire aux lèvres. Ah quel bonheur l'ultra! Et encore plus quand c'est partagé avec des gnomes de moins d'1m20!

Merci aux bénévoles et aux organisateurs, Gildas et Denis en particulier et à toute la famille Campigna! C'est un sacré beau trail que vous avez là! Merci évidemment à ma dream team de toutes tailles. On remet ça quand vous voulez! Enfin merci aux sponsors qui me soutiennent depuis maintenant des années: vibram, NaïtUp et Hammer Europe. On ne change pas une équipe qui gagne... ou pas d'ailleurs mais qui en tout cas se fait grandement plaisir!

La récup' va être courte puisqu'on ressort déjà les épingles le 16 mars pour l'écotrail de Paris 80km!

jeudi 18 octobre 2018

Diagonale des fous 2018 - C'est la dernière fois! (avant la prochaine)

23h à St Pierre, je suis pour la 3ème fois en quatre ans au départ de la Diagonale des Fous (2014-2016-2018). Contente d'être ici dans cette ambiance de feu, sur cette île qui vibre littéralement pour cette course. L'enchainement avec l'UTMB ne m'inquiète pas plus que cela, d'ailleurs je l'ai déjà fait en 2016. Devant nous, nous attendent environ 167km 9600+. Ah ouais quand même.

[Voir le parcours sur tracedetrail]

Le départ est donné comme chaque année dans une ambiance de DINGUE! Il faut les voir ces milliers de personnes, tapant des mains, criant. Une émotion immense. A chaque fois j'en ai les larmes aux yeux! Merci les amis!

Cette ambiance hallucinante est d'autant plus bienvenue que la première partie de course est ultra roulante et -il faut bien le dire - pas très intéressante. Les 15 premiers km jusque Domaine Vidot sont presque que de la route. La Saintélyon n'a qu'à bien se tenir! :)

Après Domaine Vidot commencent enfin les sentiers. J'entends une petite voix dans ma tête me dire "c'est ici que ça commence". Les km passent, la nuit s'écoule petit à petit et tout va bien pour moi. J'ai pris mon rythme de croisière, il fait bon, le peloton s'étire, j'ai le plaisir d'être de plus souvent seule. What else?

Petit coup de flippe quand même au début de la montée au coteau Kervegen. Le balisage est plus que minimaliste, je suis seule et me demande plusieurs fois si je suis sur le bon chemin. J'en arrive même à éteindre ma lampe pour voir s'il y a des lueurs devant. Et la réponse est oui, ouf!

La descente qui suit est dans sa première partie vertigineuse! Casse de fibres, droit devant! A Cilaos je retrouve Cyril, Guillaume, Daf (Fabrice Payet) et son équipe. Changement de pneumatiques, on refait le niveau d'huile, on gonfle les pneus et c'est reparti.

La montée du Taibit est un GROS morceau: 1200+ en 6km! D'expérience je sais qu'après 70km de course, on la sens passer! Pourtant cette année, elle passe comme une lettre à la poste. Elle commence à être trop facile cette Diagonale! ;)

C'est en haut du Taibit qu'on bascule sur Mafate où on passera les 50 prochains km. Depuis Cilaos il fait chaud, je transpire et ce n'est pourtant que le petit matin. Mais ces 10 prochaines heures dans Mafate le terme "chaleur" prendra une toute autre signification. On m'avait dit que Grenoble était irrespirable l'été. C'est que vous n'avez pas vu Mafate! C'est une autre dimension. On est sur une autre planête. Mars peut-être. Ou même le soleil. Je cours dans un four. Bloqué sur pyrolyse. J'ai chaud, je transpire, j'ai chaud, je transpire, j'ai chaud, je transpire. Un truc de fou.


Les premiers km dans le four (Marla). Photo: Olivier Lemaire


Les heures et les km passent, pourtant il fait à peine moins chaud. Mon corps est une comme frite sortie de l'huile bouillante (Cyril appréciera la comparaison). Je me plonge la tête dans chaque ruisseau. J'y remplis mes flasques aussi. Mais arrêtez-moi ce four, on est déjà cuits je vous dis! Je bous à l'intérieur mais il faut avouer que pour les yeux c'est une régalade: quelle beauté ce cirque!

A Grand Place c'est le début de la délivrance : la montée finale pour sortir de Mafate (1600m+ quand même). Laissez-moi passer! J'étouffe, je veux sortir! Motivée par la fraicheur toute relative que j'espère trouver au Maido, je fais une très bonne montée, accompagnée à partir de Roche Plate d'un autre coureur et son épouse venus l'assister. On discute (enfin surtout les nanas!) et, comme le Taibit, la montée passe comme une lettre à la poste. Décidément, j'ai du bien gagner en puissance cette année. Merci Guillaume! ;)

Dans quelques mètres, la sortie du four! Photo: le papa d'Audrey


Au Maido, ravito express de Jérôme qui réussit même à ne pas remplir mes flasques d'Hépar! (private joke). Il fait moins chaud, je transpire moins pourtant j'ai comme un halo de chaleur tout autour du visage. Il ne me quittera pas de toute la course.

La descente vers Sans Soucis (1800m-) est INTERMINABLE. Je le savais, je m'y étais préparée dans la tête, et pourtant chaque fois je suis étonnée que ça puisse être aussi ch... euh ennuyeux. C'est une délivrance d'arriver à Sans Soucis et de retrouver des têtes amies (et plus si affinités): la famille Porcherot, Ben et bien sûr Cyril. Ce ravito est important pour moi d'abord parce qu'il marque l'entrée dans la dernière partie de course. Ensuite (et peut être même plus ;)) parce que c'est ici qu'ils font des crêpes! Un peu comme la tarte aux myrtilles de Champex sur l'UTMB, les crêpes de Sans Soucis j'y pense depuis le début de la course! Et je ne manquerai pas d'en avaler trois d'un coup! Glump! :)


Ravito de Sans Soucis. Les crêpes sont déjà englouties! Photo: Jean Porcherot


La montée qui suit n'est pas vraiment intéressante et même un peu glauque. C'est la 3ème fois que je la fais, jamais vraiment à la même heure, et pourtant c'est toujours sur cette partie que j'ai le plus envie de dormir. J'avale des paquets entiers de gingembre pour me réveiller. Si les vertus qu'on lui attribue sont vraies, il ne faudrait pas qu'un Apollon croise ma route à ce moment là! :) (Cyril où es tu?)

La descente qui suit est dantesque. D'abord le chemin Ratineau qui n'a de chemin que le nom. Chez moi quand il n'y a pas de trace, on n'appelle pas ça un chemin. Ensuite le chemin Kalla qui est en fait un interminable enchevêtrement de cailloux. C'est ici que je double Mimmi Kotka qui est à l'arrêt et complètement hagard. Elle était en tête les 100 premiers km avant de piocher. Elle finira la course en marchant. Chapeau mam'zelle pour avoir eu le courage d'aller au bout. Me voici donc sur le podium virtuel: 3ème. :)

A la Possession je retrouve ma team d'assistants pour un ravito express. On m'annonce qu'Audrey est juste quelques minutes devant. OK, je déclare la chasse ouverte! Ca durera ainsi deux heures. Mon gibier est juste devant, je le vois et le reconnais mon chamois des Bauges. ;) C'est après Grande Chaloupe que je la rattrape. Je la double et l'encourage... en espérant évidemment qu'elle ne me suive pas! ;) Mais le chamois est coriace! Je me retourne plusieurs fois mais je peine à creuser l'écart. 50m, 40m, houla ça diminue, 30m, 20m, houla c'est chaud, 10m, argh la voilà revenue sur moi! Et au pas de course alors que je marche! Va-t-il falloir se "battre" jusqu'au dernier mètre comme avec Uxue en 2014? Relancer dès que possible? Grappiller chaque seconde? Après 27h de course je ne sais pas si j'en ai le courage! Mais Audrey non plus! C'est ainsi qu'au milieu de la dernière bosse, on décide de finir ensemble. Et ce sera bien plus sympa comme ça! D'ailleurs nous ne sommes pas 2 mais 3 puisque Pierre finira avec nous même si le gentleman aura l'élégance de nous laisser franchir la ligne à deux. 29h23, 2ème femme ex-aequo, 17ème au scratch sur 1961 arrivants (0.9%). Not too bad! ;)




Les trois fantastiques! ;) Photo: Jérôme Bernard


Cette course est tellement dure, tellement éprouvante, tellement looooongue que les dix dernières heures je me suis dit "ok, tu l'a faite trois fois, ça suffit, c'est la dernière, d'ailleurs tu n'aurais même pas du venir aujourd'hui". Et puis la ligne franchie, ça devient "ok c'était la dernière fois mais je suis contente de l'avoir faite". Le lendemain je notais déjà la date de 2019 dans mon agenda! ;)

Un grand merci du fond du coeur à tous ceux qui ont contribué à ce résultat. A Guillaume évidemment pour son coaching et son soutien. A Ben et la famille Porcherot pour leur silence pendant mon ravito et les encouragements juste après! A mon grand frère pour les nombreux textos et à ma belle soeur pour accepter les appels intempestifs en pleine nuit! A la team Daf pour l'assistance en or à Mare à boue et dans Mafate avec une mention particulière pour les patates douces de Grand Place! Et à Cyril évidemment pour... tout. Ainsi qu'à mes sponsors et amis qui me soutiennent et me permettent de vivre des moments si intenses: vibram, NaïtUp et Hammer Europe.

C'était probablement la der' de l'année.... mais probablement pas ma dernière diagonale! ;)


samedi 1 septembre 2018

UTMB 2018 - La revanche!

Me voilà sur mon premier gros objectif de la saison, la course que je souhaite absolument terminer pour prendre ma revanche sur l'an dernier: l'UTMB 170km 10000+.

[Voir le parcours sur tracedetrail]

Sur la ligne de départ, il y a une ambiance incroyable, comme chaque année en fait. La foule qui crie et tape des mains, Ludo au micro qui met l'ambiance, la musique de Vangelis en mode rock - quelles émotions! Je pense qu'on en a tous les cheveux qui se hérissent sur la tête (sauf Gedi! :)).

Photo: AFP

Allez hop c'est parti pour le tour du gros caillou. Je franchis les premiers mètres sans encombre, contrairement à d'autres: 2 chutes à gauche, 2 à droite (balle au centre) dans les 50-100 premiers mètres. J'ai bien fait de me positionner au milieu! Certains seront contraints d'abandonner peu après - j'ai connu ça aussi. Il va vraiment falloir que l'UTMB change son départ! (Catherine P, si tu me lis...)

Les 35 premiers km de course sont monotones et sans grand intérêt mais je le sais et gère plutôt bien. Seul moment très sympa, les 20m avec Buddy de Hammer Europe à Saint Gervais. Il faut voir comme il est survolté! Il hurle, il crie, il m'encourage en gesticulant. Je suis 150ème mais j'ai l'impression d'être première!

Arrivée à Notre Dame de la Gorge, je pousse un ouf de soulagement: c'est enfin ici que la course commence. Je sors les bâtons et c'est parti mon kiki pour une nuit en montagne. La nuit se passe bien. Le ciel est clair et il fait bon. Et dire que l'orga nous a obligé à prendre le kit hivernal! La 3ème couche que j'ai dans le sac est pour l'occasion bien superflue. La 2ème aussi d'ailleurs! J'avance régulièrement et gagne quelques places mais sans le "vouloir" car l'objectif cette nuit est de faire la course à mon rythme. On verra plus tard pour jouer le classement.

Dans la descente vers Courmayeur, la batterie de ma frontale rend presque l'âme mais Emy Lecomte a la gentillesse de mettre la sienne en mode boost pour que je puisse me caler dans ses pas. Merci à elle pour le geste, j'apprécie! Au ravito je retrouve mon grand frère et Cyril. Changement de pneumatique, ravitaillement, nouvelle frontale et c'est reparti. Je sais qu'un gros morceau m'attend jusqu'au prochain point d'assistance, dans plus de 7h.

Breakfast time! Photo: Adrien Blanchet

La montée au refuge Bertone est raide. Comme tous les ans en fait. Bizarrement, la montagne ne s'arrondie pas au fil des ans (contrairement à d'autres ;)). J'arrive à Bertone presque en même temps que deux autres féminines, Catherine Bradley et Beth Pascall. Ce sont des meilleures coureuses que moi et je me dis que c'est l'occasion d'essayer de m'accrocher à elles. Elles sont un peu devant moi mais j'arrive à tenir. C'est cool de voir que j'ai bien progressé sur les parties roulantes (merci Guillaume!). Même s'il reste encore du boulot!

A Arnuva commence la montée au grand col Ferret que je redoute tant. C'est là que j'avais explosé comme du pop-corn lors de ma 1ère participation en 2013. En 2016 j'avais encore bien souffert. En 2017, j'avais déjà abandonné! ;) Cette année se passe mieux. Par contre le vent souffle fort et il fait un froid glaçant. L'herbe est congelée, les rondins de bois couverts de glace. Nous sommes en short t-shirt dans ces températures largement négatives... Disons que c'est une expérience.... revigorante!

Au col, je bascule le plus vite possible: objectif sortir au plus vite de ce congélateur. A la Fouly, je retrouve ma team de supporters: mon frère, Cyril, Nicole et Robert. Je souris jusqu'aux oreilles. Tout se passe parfaitement pour le moment. C'est de bon augure ça! Mon frère me briefe sur les écarts. Je lui avais demandé de me donner les temps des deux filles juste devant et juste derrière mais dans sa générosité et son euphorie, il doit bien me donner les 25 premières féminines! J'ai des chiffres pleins les oreilles!

Séance stat avec mon frère! 

Au ravito de la Fouly, j'ai la surprise de voir la diffusion d'une vidéo d'encouragement que Cath et Nini ont enregistrée pour moi. J'explose de rire en entendant Cath dire "Allez Juliette, tu dois être presque arrivée là non?". C'est à dire qu'il me reste encore un petit 10h de course......

Je rejoins Jocelyn Pauly peu avant Praz de Fort mais dès qu'elle me voit, elle remet un coup d'accélérateur et de toute évidence nous n'avons pas le même moteur car je ne peux la suivre. Il faut dire que bizarrement mon moteur commence à prendre l'eau. Je ne comprends pas, il y a quelques minutes encore je me sentais dans une forme olympique et voilà que maintenant les gambettes me brulent. Rien d'anormal en soi me direz-vous, j'ai la bagatelle de 120km dans les gambettes. Mais ce passage de jambes de feu à jambes de bois a été particulièrement rapide cette année. Je ne l'explique pas vraiment. Peut-être en léger sûr-régime depuis Bertone à vouloir suivre Beth et Catherine? Toujours est-il que sans exploser, je subirai beaucoup plus les 50 prochains km.

A Champex je re-retrouve mon team de supporters. Changement de chaussettes (plus par précaution que par nécessité), ravito, pluie de statistiques et c'est reparti. Je n'oublie pas de lancer à mon team d'assistants: "au prochain point, ravito express, je ne m'assois pas!". Ca les fera bien rire. Que voulez-vous, j'ai peut-être plus des gambettes de folie à ce moment là mais dans la tête je suis toujours à fond!

Lunch time! Photo: Adrien Blanchet

J'ai la surprise de voir Hassein dans la montée suivante sur Bovine. Exactement comme en 2016. La même bouille, au même endroit. Et le même plaisir de le voir.

A Trient, je fais un ravito express, évidemment sans même m'asseoir ! Je n'ai qu'une parole! :) La montée qui suit vers les Tseppes est une nouveauté car le chemin habituel est impraticable. En fait ce n'est pas dur, c'est tout droit. Si si là, c'est bien ça, sur ce vague chemin plein de cailloux qui roulent avec une pente au % affolant! Oui l'UTMB c'est roulant mais pas partout!

A Vallorcine je retrouve ma team de supporters et l'avalanche de chiffres qui va avec. Avec toutes ces stats, l'UTMB, ça ne me change finalement pas trop du boulot! ;) Ravito express toujours sans m'asseoir et je repars pour la dernière bosse. Celle-ci est entièrement nouvelle jusqu'à la Flégère pour cause d'éboulement sur le chemin de la tête au vent. C'est en fait deux bosses pour le prix d'une, entrecoupée d'une descente d'anthologie au milieu d'un capharnaüm de rochers et de racines. Tout ça après 150km de course. Et ben, ils n'ont pas froids aux yeux quand même sur l'UTMB! Arrivée presque à la Flégère, je reçois un SMS de mon frère avec cette fois une seule stat: je viens de reprendre 15' depuis Vallorcine à Katia Fiori qui me précède. J'ai encore 20' de retard mais qui sait... ça se tente! Je donne tout dans la descente malgré des gambettes bien fatiguée mais ce sera encore insuffisant (8' d'écart au final). Le principal était de le tenter!

Je rentre dans Cham et j'aperçois la ligne d'arrivée. Il y a des centaines de spectateurs qui m'encouragent, qui crient, qui tapent dans les mains et les barrières. Quelle ambiance! C'est la première fois que j'ai droit une arrivée comme ça. C'est géant! Je franchis la ligne sur un saut de joie qui vient du fond du coeur. 26h48, 6ème femme, 45/1779 (2.5%). Happy!

Alors, heureuse? Photo: Twitter vibram

Un énorme merci à ma famille qui m'a suivie: Cyril pour son assistance parfaite (tant qu'il n'est pas en charge des photos...), mon frère pour ses encouragements, sa présence et ses stats exhaustives ;), Nicole et Robert pour avoir attendu des heures dans le froid pour m'entrapercevoir quelques secondes, ma mère "qui ne veut pas savoir" mais qui est la première à me féliciter, mon père qui me suit à distance sans le son (private joke). Merci évidemment à Guillaume pour sa prépa. Et un grand merci à ceux qui me soutiennent et me permettent de vivre des émotions si intenses: vibram, NaïtUp et Hammer Europe. C'est beau le trail !

Et merci, un grand merci à vous, qui étiez sur le bord du chemin et m'avez encouragée. Si vous saviez comme ça nous porte! Merci, merci, du fond du coeur. Ca donne déjà envie de resigner pour l'an prochain! ;)

Photo: Christophe Angot Photossports


samedi 14 juillet 2018

Championnats de France 2018 - Le trail en mode club

Me voilà à Montgenèvre pour ma première participation aux championnats de France de trail long, sur un parcours de 68km 4900+. Plusieurs raisons m'ont convaincue d'être là: mon amour pour la FFA, non je rigole! :) D'abord le tracé de Patrick Michel qui, je sais, sera un "one shot" et s'annonce de toute beauté. La reco que j'ai faite 3 semaines plus tôt me l'a confirmé (smiley avec des coeurs).

[voir le parcours sur tracedetrail]

Ensuite pour renforcer l'équipe de mon club, le Taillefer Trail Team (smiley avec des coeurs) avec lequel on espère jouer le podium cette année, après plusieurs éditions à tourner autour à quelques minutes près. Cette année, malgré l'absence de notre mobylette Thom, l'équipe a belle allure: Joris, Nico, Simon, Flo, Mél, Caro et moi. On y croit! En tout cas on est motivés!

6h samedi, le départ est donné. Ca part vite mais je m'y attendais, cela ne m'inquiète pas. Ce qui m'inquiète plus par contre c'est que dès le départ j'ai les cuisses comme du bois. J'ai l'impression d'avoir déjà couru 50km, je n'ai fait que 50m. Ces difficultés sont sûrement multi-factorielles: l'altitude qui m'asphyxie (le départ est à 1800m), le manque d'échauffement, un départ plus rapide que sur les départs d'ultra auxquels je suis habituée, le fait aussi sûrement d'avoir un peu trop coupé ces deux dernières semaines. Je voulais arriver fraiche sur la course, mais je suis peut-être du coup un peu sortie du "game".

Bref, je fais ce que je peux pour sauver les meubles sur ce début de course. La montée au Chaberton (km17, 1h34) est difficile. En haut je suis 17ème femme, ça fait longtemps que ça ne m'était pas arrivé! Mais il faut dire aussi que le niveau est dense -  championnat de France oblige! La descente s'apparente au début à du ski sur caillou (attention à la carrosserie) avant de rejoindre une piste bien plus roulante.

Je retrouve Cyril à Pra Claud. Le chemin qui suit jusque Cesana est facile et particulièrement bucolique. Malgré cela, j'ai du mal à courir, les jambes toujours dures. Eh ben elle va être belle mais elle va être longue cette course!

Ne vous y trompez pas, les gros cuissots ne sont qu'une mauvaise vue de la caméra! :) Photo: Pascal Rudel

La bosse jusqu'au refuge Mautino (km31, 4h16) n'est pas difficile. Je sais qu'il faudrait que je relance sur des parties roulantes, comme le font si bien Gaelle et Aline, mais je n'y arrive pas. Je marche à un bon rythme, mais je marche.

Je retrouve Cyril au Bourget, à mon plus grand étonnement d'ailleurs car on avait prévu de se retrouver au point d'assistance suivant mais il a finalement été supprimé. Les 5km qui suivent sont particulièrement roulants, en partie sur une route ou une piste forestière. Bizarrement, je commence à aller beaucoup mieux. En fait non, je ne vais pas mieux qu'au départ mais pas plus mal non plus. J'ai couru 40k et j'ai enfin la sensation dans les cuisses d'avoir couru cette distance. Autour de moi ça commence à craquer. A partir d'ici je doublerai régulièrement.

La montée jusqu'au col de Chaude Maison est incroyablement belle. Je l'ai faite lors de la reco il y a 3 semaines et pourtant je m'émerveille encore de ce paysage magnifiquement sauvage et minéral. La montée en elle-même est longue et dure, je double pas mal. Je continue à doubler dans le col Perdu, sans le chercher d'ailleurs, mais juste en gardant un rythme plus constant que certains autres coureurs.

Je retrouve Cyril au col de l'Isoard. Je lui dis "à Cervières pas besoin d'assistance, prends juste une photo STP, c'est pour mon blog". Ah ça c'est sûr j'ai bien fait, un peu plus et on me voyait! :)

Cadrage parfait :) Photo: Cyril Pérot

A Cervières (km60, 8h10), Cyril m'annonce que Marie est juste devant et effectivement je l'ai en ligne de mire peu après. Je la rattrape puis la double. Il faut dire qu'elle a un petit coup de moins bien en cette fin de course. De mon côté, je suis juste régulière et ça suffit pour grignoter des places. Enfin pas tout le temps puisque j'aperçois peu après Aline au dessus de moi mais elle arrive à relancer et je n'arrive pas à combler le retard (qui se creusera un peu, d'ailleurs).

Une dernière descente et voilà l'arrivée. Je franchis la ligne en 9h38, 9ème femme, 77/203 (38%) scratch. J'avais annoncé 9h30 à Cyril, je n'en suis finalement pas loin mais ce chrono je le pensais un peu pessimiste. Mais peu importe, j'ai fait le maximum aujourd'hui, et c'est bien là le principal.

Mon arrivée... Il aurait été dommage de ne pas immortaliser ce moment! :) Photo: Cyril Pérot
Toutes mes félicitations aux copains du Taillefer Trail Team puisque Nico, Flo, Mél et Simon nous permettent de remporter le classement club! La classe! Surtout que le lendemain l'équipe du court finira sur la 3ème marche. Pour un petit club qui compte 30 licenciés, on peut dire que c'est une sacré perf. Notre prez en a eu des papillons dans le coeur pendant une semaine!

Mes sincères remerciements à Patrick Michel pour ce tracé magnifique. Ce fut un grand championnat de France! Ca donne presque envie d'y retourner l'an prochain! Merci à Guillaume pour son investissement, à Cyril pour ses belles photos :) et à mes partenaires pour leur soutien: vibram, NaïtUp et Hammer Europe.

Prochain RDV sur le GGUT en Autriche!

samedi 9 juin 2018

6666 occitane 2018 - C'est du Guillon! :)

5 semaines après le MIUT, je remets déjà le couvert, enfin les épingles: me voilà à Roquebrun au départ de la 6666 occitane, sur un parcours qui, bien que très différent du MIUT en terme de profil, s'en rapproche beaucoup en distance avec 120km et 7000+.

[voir le parcours sur tracedetrail]

Contrairement à 5 semaines plus tôt, je suis aujourd'hui assez sereine: depuis quelques semaines, les sensations sont revenues. Enfin, oserais-je dire! J'ai retrouvé mon endurance et la confiance qui va avec. Bon, c'est sûr qu'il va falloir se coltiner un gros morceau, mais je suis confiante, ça va le faire.

Ne connaissant ni la région ni le parcours, je me renseigne auprès de Denis qui l'a courue l'an dernier: "ne t'inquiète pas, il n'y a pas de grosses difficultés mais beaucoup de cailloux. Tu verras, le circuit c'est du Guillon!" Du Guillon... Antoine, je ne sais pas comment il faut prendre ça! Moi non plus d'ailleurs, mais on verra bien!

Donc voilà, 6h pétante à Roquebrun, je suis prête avec mon dossard et mes semelles à faire ma 1ère expérience du Guillon. Je pars à un rythme correct, de toute façon la tactique aujourd'hui c'est de partir à un bon rythme (pour le diesel que je suis) et de temporiser ensuite. J'ai l'impression d'être en forme, c'est le moment de tenter!

Les 30 premiers km jusque Lamalou les bains sont relativement roulants malgré certains passages techniques voire très technique. En fait ce début de course me fait penser à la diag, les cailloux à la place des racines: on alterne entre pistes forestières bien roulantes et cascades de pierres. Ces premières bosses sont sympas mais pas très changeantes du point de vue des paysages. Je me dis que si les 120km sont comme ça, je risque quand même de m'ennuyer un peu à la longue.

Quelques minutes plus tard, je change d'avis (esprit féminin!): en fait elle est trop belle cette course! On parcours une gorge magnifique, avec un ruisseau en contre bas qui donne envie de se baigner, et au dessus de nous d'impressionnantes falaises rouges qui donnent envie de grimper. Mais aujourd'hui il faut courir! Enfin vu le terrain, marcher sera déjà pas mal!


Au ravito de La Fage avec l'apéro. L'histoire ne dit pas si le pastis est dans mes flasques! :) Photo: FB de la 6666

Arrivée à Andabre, je sais que c'est ici que le gros morceau commence: le Caroux, temple des cailloux! S'il y existe un dieu de la pierre, à coup sûr c'est ici qu'il habite! Et ça commence par une montée de 700m+ raide mais raide mais raide. En plus il est 15h, le soleil tape et il n'y a pas un cm d'ombre. Et puis tous ces cailloux, p**** mais qu'est ce qu'il foutent tous là?!? Arrivée au point culminant, je pense pouvoir relancer mais non, suivent un nombre incalculable de petites montées et descentes casse-gambettes. C'est extrêmement beau, minéral et sauvage, mais je ne serai pas mécontente quand je sortirai de cet enfer!

Ah voilà enfin la descente d'Esquino d'Aze, il suffit maintenant que je laisse aller les jambes pour en sortir. Mais attends là, c'est une blague, c'est quoi ce bordel? C'est vraiment par là qu'on passe? J'y crois pas... Cette descente, on ne peut même pas la décrire. Imaginez une avalanche de rochers sur une piste noire. Eh ben c'est encore pire que ça! Je descends comme je peux en essayant de limiter la casse de fibres mais il n'y a pas de choix, il faut sauter d'un rocher à l'autre pour avancer. A un moment je vois une pancarte "à partir d'ici et jusqu'au prochain panneau, interdit de courir". J'ai envie d'éclater de rire: attends Antoine, tu crois vraiment qu'on pourrait réussir à courir dans cette cascade de pierres? Là c'est bon, je crois que j'ai bien compris ce qu'est le Guillon! :D

Sortie du Caroux, le reste de la course va me paraitre un billard. En fait il y a toujours un nombre incalculable de cailloux, malgré quelques passages plus roulants, mais de toute façon quand on a survécu au Caroux, tout nous parait d'une facilité déconcertante! Je continue à dérouler et à avancer à un rythme qui me parait tout à fait correct. D'ailleurs je double régulièrement. Côté estomac, tout va pour le mieux. Décidément, je suis dans un bon jour. Hammer n'y est assurément pas pour rien!

Peu après Mons, commence la petite nouveauté par rapport aux années précédentes puisque qu'on attaque directement le Naudech. Le chemin est balisé par de la rubalise 6666, comme depuis le début de la course (avec parsimonie!) ainsi que.... des slips agrafés aux arbres! Véridique! Je ne sais pas s'ils sont à Antoine, en tout cas il y a un caleçon superman! C'est peut-être ça aussi la Guillon's touch! :)

Je me perds deux fois dans cette bosse, une bonne dizaine de minutes envolées, mais cela me reboost pour retrouver du rythme. Je m'étais peut-être un peu endormie depuis quelque temps. Il est vrai que je cours presque seule depuis plusieurs heures, les écarts étant importants.

La nuit est tombée et je fais la dernière bosse à la frontale, la nao allumée en plein phare pour ne pas rater les balises. La dernière descente est à l'image de toute la course: pleine de cailloux! Mais bon, on est toujours mieux ici que dans le Caroux!

Je franchis la ligne après 18h47, 1ère femme (8/188 scratch, 4%). Je discute quelque temps avec Ugo et Antoine avant de me ruer vers le buffet d'après course (à volonté!) et son fondant au chocolat le meilleur du monde. C'est pour ça aussi qu'on court, hein!

Podium féminin. Photo: Cyril Pérot

Je voudrais sincèrement remercier l'organisation pour leur invitation et leur magnifique cadeau puisque grâce à cette victoire je m'envolerai en octobre pour la Réunion! :D Merci de m'avoir fait vivre ma 1ère expérience du Guillon. Le parcours était mémorable, l'ambiance particulièrement sympa, mélange idéal de grande famille du trail et de grand professionnalisme. Merci à Cyril pour son assistance plus que parfaite. J'ai l'habitude de le chambrer dans mes récits (qui aime bien chatie bien) mais là, si je n'en est pas parlé, c'est tout simplement que je n'ai rien trouvé, tout a été parfait! Merci également à Guillaume d'avoir réussi à me remettre en forme. Le moteur diesel s'était quelque peu noyé depuis l'UTMB, le voici reparti pour un (grand) tour! Et merci évidemment à ceux qui me permettent de vivre ces aventures qui font vibrer: vibram, NaïtUp et Hammer Europe.

Prochain RDV sur les championnats de France à Montgenèvre avec le Taillefer Trail Team!



samedi 19 mai 2018

Pastourelle 2018 - Simplement à part!

Trois semaines tout rond après le MIUT, j'accroche de nouveau les épingles sur la Pastourelle 53km 2500+ (probablement en réalité un peu plus). Je n'ai pas l'habitude d'enchainer comme ça après un ultra mais aujourd'hui comme à Gruissan et l'écotrail, c'est pour la bonne cause: pour jouer le classement club au TTN avec les potes du Taillefer Trail Team: Tom, le prez, Mickael, Mayou et Franckie. La récup semble s'être bien passée depuis le MIUT et j'aborde la course finalement assez sereine. Et puis je me dis que le trail ce n'est pas bien compliqué, il suffit de courir le 1er km et de recommencer.

[voir le tracé sur tracedetrail]

8h sur la place du village de Salers, les chevaux sont lancés. Enfin quand je veux dire chevaux, je parle des étalons devant, Tom en tête, parti au km0 pour une chevauchée fantastique. Bravo copain! De mon côté plutôt que de chevaux, il faut parler d'une "2 chevaux", année 1979, état moyen, avec quelques éclats sur la carrosserie. Et comme je m'en aperçois au bout de quelques minutes, qui manque décidément de carburant ce matin. Je pensais la récup correcte mais je m'aperçois très rapidement que je n'ai aucun punch aujourd'hui. Chaque jambe pèse une tonne, je n'arrive pas à courir à un rythme décent, et tout ça en étant très essoufflée. Beaucoup me doublent. J'essaie de me dire que ce n'est que le début, que c'est peut-être parti un peu vite mais honnêtement non, je ne suis pas partie trop vite, je n'ai juste pas la patate (douce) aujourd'hui. Peut-être que l'enchainement était un peu fort tout de même. Je subis toute la première bosse, plutôt roulante. Je fais des tous petits pas, j'avance comme une tortue, mais pas à pas j'avance (col de Néronne, 58').

Foulée aérienne digne des meilleures écoles d'athlé! ;) Photo: FB de Pascal Rudel

La descente qui suit est finalement plus technique que ce qui précédait et je dois dire que c'est plutôt à mon avantage. J'arrive au Falgoux avec une autre féminine, Irène, avec qui je fais le yoyo depuis pas mal de temps: elle devant quand "ça roule", moi qui passe en descente. On nous annonce 4 & 5 et "que la 3ème n'est pas loin"... Enfin à près de 3' quand même...

La montée qui suit est plus raide que ce qu'on avait dans la première bosse et ça m'arrange: près de 700m+ en 6km, ce n'est pas un mur mais on est obligé de marcher. Ce rythme imposé me permet de me refaire en partie la cerise. En arrivant sur les crêtes, je vais bizarrement beaucoup mieux que 2h auparavant. La suite n'est qu'une multitude de petites bosses et de relances et je m'en sors plutôt bien sur ce terrain cassant. Je ne saurais pas l'expliquer mais je vais sûrement plus vite qu'au départ! Je double pas mal de coureurs, et une chose en amenant une autre, me voici au niveau de Sissi que je dépasse peu avant le pas de Peyrol.

La montée au Puy Mary est un sacré mur (3h48). Je pousse fort les mains sur les genoux. Le paysage, ici comme depuis le début de la course, est magnifique. En fait ce n'est pas compliqué, on suit presque uniquement des crêtes dégagées depuis le départ. Je connaissais le concept de la "course en côtes", les organisateurs ont inventé le concept de la "course en crêtes"! Vous voyez le sommet là bas? Eh ben il faut y aller par la plus belle vue! Voilà le leitmotiv de l'orga!

Photo: FB de Pascal Rudel

La suite est une succession de bosses dont je perds le compte, avec certains passages d'anthologie en hors sentier, tout droit dans la pente au milieu des bruyères. Là on n'est même plus dans le registre du trail, c'est de l'orientation! Je m'amuse et ça se voit: je continue à doubler du monde. Peu avant le dernier puy du jour, le puy violent, je rattrape mon Mayou. Enfin presque car c'était sans compter sur les capacité en descente de mon coyotte: alors que je bascule du puy violent juste derrière lui (5h17), quelques instants plus tard il est déjà au loin! Certes la piste est roulante au début mais tout de même, perdre tant et si peu de temps, c'est dingue, bravo voisin! Je garde Mayou en ligne de mire jusqu'à l'arrivée et ça me motive pour me secouer les puces: il est la carotte au bout du fil et je suis le mulet qui avance pour essayer de l'attraper. En vain d'ailleurs! Mais amis des animaux, soyez sans crainte, le mulet aura sa récompense à l'arrivée : une truffade vaut décidément mieux qu'une carotte! :)

Je franchis la ligne en 6h22, 3ème femme (41/625, 7% scratch). Au final je suis contente de ma course et surtout d'avoir maintenu le cap malgré les deux premières heures dans la difficulté. Mais surtout, surtout, je suis aux anges d'avoir participé à cette magnifique fête du trail qu'il faut goûter au moins une fois dans sa vie. Ce n'est pas compliqué, j'ai beau avoir pas mal bourlingué en France et à l'étranger, cette course est unique en son genre. Unique de part son tracé: on a tout simplement pris les 53 plus beaux km de sentier dans les alentours! Unique de part son ambiance: je n'ai pas le souvenir d'avoir jamais vu autant de fanfares et de speakers! Même sur les monstres d'ambiance comme l'écotrail de Paris! (oops) Enfin unique de part sa fiiiieeeessssstttttaaaaa hallucinante du dimanche soir! Ils savent faire la fête les cantalous! Décidément, goutez-y à cette Pastourelle, elle est à part!

Enfin comme toujours, je remercie ceux qui me soutiennent et me permettent de vivre des événements comme ceux-là: vibram, NaïtUp et Hammer Europe.

Prochain RDV sur la 6666 pour manger du caillou!