samedi 5 mars 2016

Ultra bout du cirque 2016 - le retour à l'ultra

Premier ultra d'une longue liste cette saison, l'ultra du bout du cirque m'attend ce week-end. Le menu est relativement léger, du moins pour un ultra: 102km pour 3900 m+. Néanmoins c'est la première fois que je m'aligne sur une si longue distance si tôt dans la saison. Je m'attend à un appetizer roboratif, j'espère juste éviter la crise de foie!




Samedi à 4h du mat' (merci le trail), nous sommes pile 100 sur la ligne de départ à Bez. Un vent froid souffle et je m'inquiète un peu de ma tenue: je pensais que les Cévennes étaient dans le sud, breaking news, c'est en fait en Arctique! Je sors donc mon coupe-vent ultralight de Raidlight, ça va déjà beaucoup mieux. Je suis toujours bluffée qu'une chose si légère puisse être si chaude! Le départ est donné, on ne fait pas plus de quelques dizaines de mètres de plat avant d'entamer la première montée vers les causses. J'alterne course et marche. Je suis étonnée par mon état de non-fraicheur: les mollets me tirent dès le départ, je ne suis pas loin de l'état que je pensais n'avoir que 100km plus loin. J'essaie de me rassurer en me disant que ce sont juste mes muscles qui sont tétanisés par le froid ... l'espoir fait vivre.

400m de D+ en 3km et nous voilà donc sur les causses. Suit un 10aine de km de plat où il faut courir. Evidemment ce n'est pas mon fort. Valses dans les oreilles et coureurs aux fesses m'aident à garder un rythme correct. J'atteins même à un bref moment une pointe à 11km/h, c'est pour dire!

Une courte descente nous mène dans le cirque de Vissec. On passe la resurgence de la Vis (km14) où, malgré la musique, j'entend nettement l'eau bouillonner. Je connais cet endroit, j'y étais avec mon frère++ il y a 2 ans. Je sais à quel point c'est impressionnant, dommage, aujourd'hui on y passe de nuit. Le single qui suit le long des gorges de la Vis est sauvage de chez sauvage, il faut presque mettre les mains pour écarter les buis. J'en serai quitte pour de belles écorchures sur les cuisses, menfin pas de grave, on est des traileurs quand même!

Suivent quelques km bien raides pour ressortir du crique et rejoindre les causses. Je me retourne pour admirer la vue mais je regrette d'être allée si vite (foutue pointe de vitesse à 11 km/h!). C'est tout juste la pénombre et je n'en devine que les contours.

A Blandas (km26) se trouve le 1er ravito. J'ai encore largement de quoi me nourrir dans mon sac. Quelques bouts de banane et je repars. Les 10 prochains km sont plus ou moins plat avec quelques bosses pour faire passer l'addition. Je cours - à mon rythme certes, mais je cours. Manque de vigilance ou sur-vitesse (!), je ne vois même pas le ravito à Montdardier (km35), heureusement, je n'en ai pas besoin. 400m D- de descente bien raide, ah ça c'est plus mon truc! Puis apparait le Vigan (km50) où je retrouve Cyril mon plus fidèle assistant et Myriam derrière l'objectif. On m'annonce 16ème au scratch.

Ravito du Vigan avec Cyril aux petits soins (photo: Myriam Campigna)

Changement de sac suite à un problème technique, alimentation express: boisson reload, actifood, energy shot; le tout en même temps c'est encore meilleur! Je repars pour 2km de plat. Surprise alors que je traverse le pont: Myriam et Cyril m'attendent pour les derniers encouragements d'ici l'arrivée. Le geste me fait plaisir, je passe avec une large sourire!

Grand sourire et petite foulée au sortir du Vigan (photo: Myriam Campigna)

A partir de là, le profil comme les paysages changent complètement. Cette course, c'est 2 trails pour le prix d'1! Jusque l'arrivée nous n'auront presque plus de plat mais une succession de bosses courtes mais raides. C'est usant et je sais qu'il faudra gérer. Mais ça, c'est sûrement ce que je sais le mieux faire.

Dans la montée vers la Rouviérette, je rejoins un coureur suisse qui décide de devenir mon lièvre. Et c'est un sacré numéro: il commence par un "ah ça fait plaisir de voir une féminine qui a des formes." Euh, je ne sais pas comment il faut le prendre... Bon d'accord j'ai peut-être un peu forcé sur la croziflette cet hiver! Jusqu'au ravito, il ne cesse de m'encourager avec des "allez ma belle, vas-y poulette". J'ai envie d'exploser de rire! A un moment il me dit "c'est super ma jolie, bon, tu n'arriveras pas à rattraper d'autres gars devant mais c'est déjà super ce que tu as fait". On est au km50 et je sais que beaucoup de choses peuvent encore se passer alors je souris intérieurement. D'ailleurs on arrive au ravito de la Rouviérette (km55) et je vois un gars repartir tout juste. Je fais un arrêt express (banane pour changer) et repars seule. Je double rapidement le coureur en question et souris en repensant aux paroles de mon chevalier suisse. Fallait pas sous-estimer la force tranquille des gambettes!

Une nouvelle bosse, je double encore quelques coureurs. Je me sens vraiment pas mal depuis un certain temps! Au ravito d'Aulas (km72), je suis autour de la 10ème place au scratch. Je galère un peu pour remplir mes flasks (powertabs citron). Ah je n'ai plus l'habitude de devoir faire ça toute seule! Je repars (avec une banane of course). Un coureur, Dominique, me suit. Je me souvient de lui sur la ligne de départ: c'est rare pour un gars, il est tout de rose vêtu: tshirt, short, buff, chaussettes. Je n'ai pas vérifié son caleçon! Il me dit qu'il joue la 1ère place V2. Il souffre du genou et veut profiter de mon aspiration. On fait un sacré bout de chemin ensemble. On papote et ça nous motive, on avance plutôt bien. On double quelques gars au train, nous voilà 7-8 au scratch.

Dans la descente vers Bez, j'ai subitement des crampes d'estomac. J'ai fait l'erreur de ne pas me couvrir assez tôt alors que le temps s'est gâté et comme souvent chez moi je le paie cash. Je dis à Dominique de passer et fonce dans les buissons. Ils s'en souviennent encore... Mince, j'ai oublié les smecta! J'arrive au dernier ravito, à Bez (km88), juste après Dominique et on repart ensemble.

Il ne reste plus qu'une bosse. La montée se passe bien mais dans la descente, rebelotte: crampes d'estomac, buissons. Je repars en marchant car j'ai encore mal au bide, puis j'arrive tant bien que mal à recourir. Il vont être longs ces derniers km! Dominique n'est que quelques dizaines de mètres plus loin mais je n'arriverai jamais à le rejoindre. Quelques km de plat en digestif puis voilà l'arche. 12h35, 1ère femme, 8ème/73 scratch (11%). Je suis contente d'en avoir fini, les deux dernières heures ont été longues!

Le sourire à l'arrivée (et les toilettes pas loin). Photo: organisation

Pour la petite histoire, je finis en 12h35 alors que je m'étais fait un plan de course en... 12h35! Je n'ai jamais été à plus de 5' de mes temps de passage. Une régularité qui fait plaisir!

Pour résumer, c'est un bel ultra qui gagnerait à être plus connu. J'espère que petit ultra deviendra grand (mais pas trop)! Tous mes remerciements vont aux organisateurs et bénévoles pour leur dévouement et leur simplicité. Un spécial merci à Denis et Myriam qui nous ont accueillis Cyril et moi comme des rois. En espérant pouvoir vous rendre l'appareil prochainement dans nos montagnes! Un grand merci à mes partenaires qui me soutiennent: isostar, RaidlighttrailstorePolar, BVsport, Stations de trail.

Le prochain épisode aux trail des citadelles 70km le 27 mars.

dimanche 14 février 2016

Gruissan Phoebus Trail 2016 - la rentrée des gambettes

Plus de quatre mois se sont écoulés depuis mon dernier dossard aux 100 miles Sud de France et bizarrement cela ne m'a pas vraiment manqué. A vrai dire, j'aurais même pu facilement repousser la reprise mais ce week-end est l'occasion d'un rassemblement isostar à Gruissan alors autant en profiter pour remettre les premières épingles de 2016 sur le Gruissan Phoebus Trail. Comme toujours en hiver, je ne suis pas très en forme pourtant je me sens plutôt mieux que les années précédentes à la même époque. Je me décide donc pour le "long" du week-end, 50km pour 1200m+.



Vu le ratio D+/km je m'attend à devoir courir, ce qui n'est évidemment pas à l'avantage pour la marcheuse que je suis! Mais c'est justement un très bonne occasion pour me pousser un peu dans ma zone d'inconfort. L'objectif du jour n'est donc absolument pas de jouer les premiers plans, j'en serais tout simplement incapable, mais plutôt de me donner sans m'exploser. Un savant mélange "d'y aller" sans "trop y aller".

Je suis donc très relaxe pour ce premier départ et à vrai dire c'est agréable d'être cool comme ça! Le top est donné. Saison 2016, c'est parti! Je me fais beaucoup doubler sur les premières dizaines de minutes mais pas de problème, je m'y attendais. Ce à quoi je m'attendais moins par contre, c'est que très rapidement on rejoint des singles à travers la garrigue que je trouve très sympas. Sans m'être renseignée plus que ça, je m'attendais à m'ennuyer sur ce type de course "roulante" mais en fait le parcours est tout en relance, petits virages et gros cailloux et franchement c'est sympa! Côté paysages, il n'y a pas de points très marquants, à part quelques jolies vues sur la mer, mais le reste est principalement dans la garrigue. Pourtant je ne m'ennuie pas.

Grand ciel bleu et vue sur la mer (Photo: Jérôme Santa)
Je gère ma course comme je le souhaitais. Je double pas mal sur la fin de course, signe que j'en ai encore sous la pédale, et c'était l'objectif donc tout va bien! Je rejoins une féminine à 100m de l'arrivée et on décide de finir ensemble, c'est plus sympa comme ça! Je franchis la ligne après 5h25, 9ème femme ex-aequo,  88/367 scratch (24%).

Sincèrement je me suis bien amusée sur cette course, qui l'eut cru? Je trouve le parcours vraiment sympa pour un trail de février. La date est vraiment bien trouvée, encore plus quand ça tombe un jour de grand ciel bleu comme cette année, et presque sans vent en plus! L'organisation est top, familiale et pourtant très pro. Le nombre de bénévoles sur le parcours est juste impressionnant. Il y en a un à chaque changement de direction ou presque! Sans parler du cassoulet d'arrivée qui vaut rien que pour ça le détour!! :) Bref, un trail de début d'année que je recommande chaudement!

En passant, je voulais féliciter les membres du team qui ont porté bien haut le jaune et noir, contrairement à moi en fait! Lucie d'abord qui remporte de bien belle manière le 50km, Manu et Elisa qui finissent 1er duo mixte et Alex et Geoff qui gagnent main dans la main le 25km. Elle s'annonce bien cette nouvelle saison des abeilles!

Les isogirl 2016!

Quant à moi, je vous donne RDV dans 3 semaines à l'ultra du bout du cirque. 1er ultra d'une longue liste!


lundi 1 février 2016

Demandez le programme - 2016

Une nouvelle saison 2016 au rythme de l'ultra avec pour la première fois 3 gros objectifs avec la participation à 3 courses de l'Ultra Trail World Tour! [EDIT: finalement 4]

- 14 février: Gruissan Phoebus Trail 50km 1200+ → 9ème femme (24% scratch) [récit]
- 5 mars: Ultra du bout du cirque 100km 3600+ → 1ère femme (11% scratch) [récit]
- 27 mars: Trail des citadelles 70km 3500+ → 2ème femme (15% scratch) [récit]
- 10 avril: Défi de l'olympe 6h de D+ → 3ème femme (27% scratch) [récit]
- 23 avril: Madeira International Ultra Trail (UTWT) 120km 7000+ → 4ème femme (10% scratch) [récit]
- 28 mai: Maxi Race 86km 4500+ → abandon :( [récit]
- 25 juin: Grand Duc 80km 5500+ → 1ère femme (4% scratch) [récit]
- 16 juillet: Eiger Ultra Trail (UTWT) 101km 6700+ → 3ème femme (5% scratch) [récit]
- 26 août: Ultra Trail du Mont Blanc (UTWT) 170km 10000+ → 4ème femme (3% scratch) [récit]
- 20 octobre: Grand Raid de la Réunion (UTWT) 167km 97000+ → 2ème femme (1.5% scratch) [récit]

Je finis 4ème femme au classement de l'Ultra Trail World Tour. :)

Sur la Pierra Menta 2015 (photo: photossports.com)

dimanche 27 décembre 2015

L'heure du bilan - saison 2015

A quelques jours des 12 coups de minuit, voici un bref bilan de ma saison. Quelques chiffres déjà: 700km et pas loin de 40000m D+ en un peu plus de 100h de compétition (résultats ici). Soit une moyenne de 7km/h et après on ose encore appeler ça de la course à pied! :) Je ne compte pas les km en entrainement mais voici une répartition en heures entre le 1er février et le 10 octobre:



A part quelques heures de ski de fond en février, toutes ces belles heures ont été passées dans les baskets. Beaucoup prônent les entrainement croisés et on ne peut pas dire que je sois une bonne élève pour ça. C'est d'ailleurs une de mes bonnes résolutions avant l'heure: ajouter quelques sorties vélo en 2016. Il parait que c'est bon pour travailler la puissance et reposer les articulations (même si de ce côté là je n'en ressens pas vraiment le besoin).

Les mois les plus chargés ont donc été le deux mois d'été avec 60h/mois, soit une moyenne de 2h/jour. Ce n'est finalement pas tant que ça: d'autres que je ne nommerai pas passent au moins autant de temps devant D8! :) 45% de ce temps a été passé en compétition en juillet (Pierra Menta & Skyrace), 30% en août (TDS). A suivi un mois de septembre relativement allégé pour récupérer avant de repartir sur les 100 miles sud de France début octobre, fin de ma saison.

Ce qui m'interpelle le plus, c'est l'augmentation du volume par rapport aux années précédentes, pas loin de 30% en plus. Sous le coaching d'Alain,  j'ai fait plus de "week-end chocs", des sorties plus longues, des séances plus intenses et plus nombreuses. Une pincée de perlimpinpin en plus dans tous les domaines. C'est sûrement lié, il y a eu du coup un peu de sable dans les rouages les premiers mois: une infection contractée en mars, une bursite en mai, de grosses ampoules en juillet. Mais c'est finalement peu de choses puisqu'aucun de ces petits bobos ne m'a éloigné plus de 7j des baskets. Et puis en cette fin d'année, je ne me sens pas du tout exténuée ni dans la tête ni dans le corps.

Plus de volume, donc, mais aussi des progrès. Cela vaut ce que cela vaut mais selon la cotation ITRA, j'ai obtenu mes 4 meilleurs résultats cette saison. Ma meilleur perf est sur la TDS 2015 qui était mon objectif principal. Alain a donc réussi à me mener à mon pic de forme sur mon principal objectif et ça, c'est une sacré satisfaction. Je sens que j'ai gagné en puissance (merci les 30x30 au Murier), un peu en vitesse (euh... ai-je vraiment le droit d'utiliser ce terme?) mais  surtout je me sens plus "costaud" sur la durée. Sur la TDS par exemple, je n'ai jamais subi, je me suis sentie à l'aise du début à la fin de la course et c'est une belle sensation!

Mon talon d'achille reste clairement mon incapacité à monter dans les tours. Mon coeur est un gros chat qui ronronne et je suis incapable de prendre un départ rythmé. Sur la TDS par exemple, j'ai perdu dès le départ beaucoup de temps et cela m'exclue de la bagarre pour les 1ères places. J'aimerais progresser là dessus en 2016 mais cela fait plusieurs années que je dis cela sans voir de réels progrès... Je vais finir par me faire une raison: je suis une mamie!

Enfin, ce n'est pas une surprise mais chaque année cela se confirme un peu plus: ce que je préfère c'est définitivement les ultras. C'est à partir de 100km que je commence à prendre vraiment du plaisir. J'aime la dimension "gestion de course", j'aime faire des grandes traversées, j'aime en ch*** longtemps! Autre confirmation: ça me motive de savoir qu'il y aura du niveau sur une course. Je préfère largement finir 3ème d'une TDS relevée que 1ère d'une course peu relevée même si la victoire fait toujours plaisir et est nécessaire pour le moral. La saison prochaine j'aimerais caser un peu plus d'ultras relevés dans mon calendrier. Le planning est en train d'être peaufiné, affaire à suivre!

En attentant bonne fête de fin d'année à tous et à l'année prochaine pour de nouvelles belles aventures sur les sentiers!


Sur la Pierra Manta 2015 (Mélanie est loin devant :)) Photo: photosports.com





vendredi 9 octobre 2015

100 miles family

Je me décide sur le tard à participer à cet ultime ultra de la saison, les 100 miles Sud de France (comme on dit en bon français),  C'est vers mi-aout alors que je rentre d'un week-end choc à Font Romeu, que je me dis que décidément c'est pas mal les Pyrénées. C'est sauvage et rude... c'est moi ! Et puis il faut bien que je me trouve une occupation après la TDS, qu'est ce que je vais faire de mes week-ends sinon ? Y a-t-il une vie après le trail ? :)

Les six semaines post-TDS se passent bien. J'ai retrouvé la pêche et la banane : ils annoncent du beau temps, l'envie est là et c'est bien le principal. La veille, évidemment, le doute resurgit mais j'ai l'habitude de ne pas écouter le petit diable de mon esprit (qui prend parfois l'aspect de ma mère mais c'est une autre histoire). Ce qui m'attend le lendemain c'est une belle traversée de la montagne à la mer, 166km pour 8000m+ et 9700m-.




Nous sommes moins de 200 sur la ligne de départ. C'est sûr que ça change de la douce folie chamoniarde mais je suis un fille de contrastes. L'ambiance s'annonce bon-enfant et l'organisation familiale. Idéal pour finir une saison. Non décidément je sens qu'il va me plaire ce trail.

Le départ est donné derrière une ribambelle de jeunes de Font Romeu. Les plus aguerris nous accompagneront jusque Planès, c'est sympa. A Mont Louis, premières émotions de cette journée avec le passage à l'intérieur de la forteresse, au milieu des militaires.

Traversée de la forteresse de Mont Louis. Photo: organisation

C'est à partir de Planès, km12 que les choses sérieuses commencent : succession de montées raides et descentes non moins raides, singles de montagne techniques et caillouteux. Comme à la maison quoi. Tout se passe bien et j'arrive presque sans m'en rendre compte à la première base de vie, Vernet-les-bains, km53.

Je n'ai pas d'assistance avant le km90 et je sais que cette base est importante : il y a tout un tas de choses que je dois faire et je stresse à l'idée d'en oublier: prendre le matos pour la nuit, vérifier les bandages aux doigts de pieds (et en l'occurrence les refaire), laisser quelques vêtements, manger, refaire le pleins de barres, boisson etc. Bref, rien d'exceptionnel et encore moins de vital mais j'ai pris la mauvaise habitude d'être assistée sur mes courses et me voilà perdue comme une gosse sans son doudou. Papaouté??? Je suis concentrée comme paic citron pour ne rien oublier. Des bénévoles viennent me parler et je leur répond à peine. Viendez pas dans ma bulle j'ai des choses à faire ! :)

Photo: Jenny Blanchet


Je repars de la base sans avoir rien oublié, et sûrement même beaucoup trop pris. Mon sac pèse une tonne (au moins). La montée qui suit est la plus longue : 1500m+ jusqu'au refuge des Cortalets (km64) au pied du Canigou, un coin que je connais déjà. Je rattrape rapidement la queue de course de la Grande Traversée, partie 30' plus tôt. Je doublerai de nombreux coureurs (marcheurs ? :)) sur toutes les prochaines heures. Le positif c'est que ça me motive pour me bouger le popotin, le négatif c'est que c'est fatiguant de doubler ainsi. La nuit tombe et les température avec, on n'est pas loin du zéro. Je suis finalement contente d'avoir dans mon sac de quoi passer la nuit au chaud: gants, bonnets, veste, je mets tout, je suis un bibendum mais je suis bien.

Je m'attarde à peine au refuge pour ne pas me refroidir, un peu plus à Batère (km79) au ravito suivant. Je SMS mon grand frère pour lui dire que je repars. Il m'attend à Arles et il me tarde de le rejoindre. Un peu trop peut-être : dans la précipitation, mon pied se prend entre deux cailloux, vol plané, atterrissage sur la hanche, roulez jeunesse. Je reste à terre, sonnée quelques instants. Mais c'est pas un vulgaire bout de cailloux qui va m'arrêter, alors je repars comme je peux, en marchant d'abord, puis en clopinant ensuite. C'est la hanche qui est douloureuse avec une plaie assez profonde.

A Arles (km90), je montre la plaie à mon frère qui m'oblige à aller me faire soigner. Une gentille médecin s'occupe de moi en même temps que je me ravitaille. Je pioche allègrement dans la montagne de patates douces préparées par mon frère; je lui avais demandé 500g, il a du comprendre 5kg... Je ne risque pas de maigrir sur cette course! Je repars d'Arles après une 10aine de minutes d'arrêt, repue et presque neuve. La hanche ne me gênera presque plus jusque l'arrivée (merci mesdames les endorphines). Peu après, surprise, je reçois un SMS de Cyril qui m'annonce à 3' de la tête de course… masculine! Alors là c'est une première! Advienne que pourra, je me dis autant jouer le tout pour le tout et je repars motivée pour les rattraper. Je rejoins mes hommes peu après et plutôt décide d'attaquer. Même pas peur! Seulement Pascal ne l'entend pas cette oreille là: il reste derrière moi dans la montée, puis me double à la faveur d'un plat. Et c'est là que je réalise que je suis en train de jouer à un jeu dangereux : Pascal est bien plus frais que moi. Soit je tente de le suivre et explose dans 10km, soit je temporise et relie l'arrivée. Il va sans dire que je choisis la 2ème solution !

Photo: Jenny Blanchet


Il est vrai aussi que je commence à avoir mal aux jambes, des sortes de grosses courbatures. Pourtant physiquement je ne me sens pas mal. Je suis étonnée, c'est la première fois que ça me fait ça. Pour couronner le tout, je commence à avoir envie de vomir. Pas de panique, il y a toujours un moment où ça me fait ça et je sais ce qu'il faut faire : pastilles vichy jusqu'à ce que ça passe, en général une grosse heure. Effectivement je retrouve l'envie de manger peu avant le ravito de las Ilias (km117). Et là, sketch : entrée dans le refuge, je ne vois pas mon frère. En fait si, il est là mais à une 100aine de mètres, sur le parking en train de roupiller !! Pas de réseau et donc impossible de l'appeler. OK pas grave, je mange quelques trucs qui me font envie (la diététique d'abord : brioche et cake aux fruits) et repars, non sans insister bien 4-5 fois « vous direz bien à mon frère que je suis déjà partie ». Ce serait dommage qu'il m'attende ici pendant que je suis au Perthus !

Peu avant la base du Perthus (km130), 2ème clin d'oeil de la journée avec le passage dans la forteresse, bien sympa. Je retrouve mon frère à la base, cette fois il n'a pas osé dormir ! Je lui laisse un ribambelle d'affaires chaudes dont je n'aurai plus besoin et repars pour la dernière grosse bosse. Cette dernière partie est moins sympa, moins sauvage avec en grande partie de larges pistes dans la forêt (de belles couleurs automnales parfois quand même). Les 10km entre le col de l'ouilla (km140) et le col des 3 hêtres (km150) me semblent interminables. C'est presque plat et je sais qu'il faudrait que je cours mais je n'ai ni les jambes ni l'envie. C'est long un 100 miles quand même, j'avais presque oublié.

On m'avait prévenu que la descente vers la Vall était d'anthologie et on ne m'avait pas menti : c'est très raide avec de gros rochers à sauter, parfois même des mains courantes. C'est fatiguant voire éreintant mais c'est ce que j'aime et bizarrement ça me redonne du peps. Surtout qu'à la Vall (km154) m'attend la team Blanchet au complet, avec en tête mon petit neveu toujours de bonne humeur (!) et ma petite nièce si sage (!!). Je les retrouve une deuxième fois à Valmy (km160) avant la dernière ligne droite. Je m'étonne moi-même de courir presque facilement les cinq derniers km de plat alors que je n'y arrivais pas quelques heures plus tôt. La vue d'une arrivée prochaine probablement. Comme quoi l'ultra c'est presque plus dans la tête que dans les jambes.

Je franchis la ligne en 27h15, 1ère femme, 2/108 au scratch (2%).

Photo: Jenny Blanchet


C'était mon dernier ultra de la saison et je suis bien contente d'avoir fini sur une course si sympathique. Un grand merci à l'organisation: ces aventures, on vous les doit! Toute ma gratitude aux bénévoles: je me suis sentie comme à la maison, ça fait longtemps que je n'avais pas connu ça en course. Enfin un énorme merci à la team Blanchet, mon frère en tête, pour l'assistance et les encouragements qui m'ont donné des ailes. Et surtout merci à mon frangin pour le ravito de las Ilias, vraiment, fallait pas !! :)

mardi 1 septembre 2015

Ma TDS à la loupe

Voici une petite analyse de mes temps de passage sur la TDS comparés à ceux des deux filles devant moi, Andrea Huser et Cristina Bes Ginesta. Ci-dessous, le retard accumulé au fil du parcours.



Déjà un commentaire s'impose: le retard à l'arrivée est énorme (respectivement 1h18 et 48'). Je ne joue clairement pas dans la même cour! Pourtant c'est surtout sur les 9 premières heures, jusqu'au Passeur de Pralognan qu'elles m'ont mis une mine (51' et 37' de retard). Sur les 4h suivantes, jusqu'au col du Joly, je n'ai presque rien perdu. Cette partie est aussi la plus technique et où je me suis le plus amusée (voir mon récit) et donc clairement le type de parcours qui me convient le mieux. Je suis une mangeuse de cailloux! Ensuite, alors qu'on rejoint des sentiers plus roulants, j'ai reperdu du temps sur Andrea mais dans une moindre mesure (20' en 5h) alors que Cristina ne me reprend presque rien (4'). Sur la dernière 1h30, entre Bellevue et l'arrivée, je ne perd presque rien sur aucune des deux. Ca corrobore mes impressions puisque j'ai eu la sensation de très bien finir.

La conclusion de tout ça c'est que quand c'est technique ça me va mieux (à l'ouest rien de nouveau) et que j'ai très bien tenu la distance. 120km était peut-être trop court!! Je crois qu'il va falloir un jour envisager le TOR!!! ;)