dimanche 8 septembre 2013

Mon UTMB à la loupe

Désolée, déformation professionnelle oblige, je n'ai pas pu m'empêcher de faire quelques statistiques de mon UTMB... J'en retiens:

1) Si je compare mes temps de passage à ceux que j'avais prévus pour un plan de 30h, il est clair que je me suis "écroulée" entre le lac Combal (km64) et la Fouly (km108). Sur ces 44km, j'ai perdu près d'une heure, ce qui est énorme:


C'est intéressant de voir cela car pourtant c'est à partir de Bertone (km82) que je n'ai plus réussi à manger. Je suppose qu'en réalité, sans vraiment m'en apercevoir, je me suis déjà sous-alimentée bien avant cela. Ma pause à Courmayeur (km77) où j'ai un peu mangé semble ne pas avoir vraiment réussi à enrayer la chute. Ce n'est qu'à la Fouly, lorsque Cyril m'a forcé à remanger, que j'ai pu rétablir la situation et à partir de cela je suis bien restée sur le rythme des 30h. La leçon que je retiens de cela est que j'ai mal géré la nuit. Je me souviens ne pas avoir eu très faim mais j'aurais dû me forcer à manger plus. Ce n'est pas parce que je n'ai pas faim que mon corps n'a pas besoin d'énergie! C'est le b.a-ba, et pourtant...

2) Si je compare mon classement à celui des deux filles devant moi, Maria Semerjian, 7ème femme en 29h34 et Manuela Vilaseca, 8ème femme en 30h17, il est possible que j'aie pris un départ un peu rapide:


Néanmoins, je suis moins catégorique sur ce départ rapide que sur le fait que je me sois sous-alimentée durant la nuit. En fait avant mon gros coup de mou entre le lac Combal et la Fouly, nos différence de classements étaient à peu près stable, et après aussi. Je continue de penser que c'est une mauvaise gestion de la nuit qui m'a coûté cher, plus qu'un départ rapide.

3) Je me suis arrêtée beaucoup plus que Maria et Manuela aux points d'assistance:


Si je fais la somme, cela fait 61' d'arrêt, ce qui est le double de Maria et 20' de plus de Manuela (qui finit 7' devant moi). Habituellement je suis plutôt du genre à m'arrêter peu, voire très peu aux ravitos. Je crois que j'ai voulu un peu trop profiter de Cyril sur les points d'assistance! La prochaine fois, je prends ma mère, ça devrait être plus vite expédié... ;)

4) De manière générale, j'étais prête pour l'UTMB. J'ai fait une très bonne prépa grâce à Denis. Son plan a été parfait. Un grand grand merci à toi, coach! J'étais prête physiquement et cette course, je la voulais. Néanmoins, si d'aventure je me relançais sur l'UTMB, il y a quelques petits points que je ferais différemment:
- l'UTMB a beau être roulant, beaucoup de montées sont sèches, notamment sur la fin avec Bovine, le début de Catogne et la tête aux vents. Or les montées raides, ce n'est pas mon point fort et j'aurais sûrement dû travailler là dessus un peu plus. Quelques sorties du côté du KMV de St Pierre m'auraient fait du bien.
- j'ai pris l'option d'arriver fraiche à l'UTMB et de ne pas faire de course de plus de 70km avant cela. Après coup, je pense que j'aurais du planifier un 100km vers mi ou fin juin, notamment pour travailler sur l'alimentation en course. Ma plus longue course fut de 9h et je n'ai pas eu le moindre de problème à m'alimenter, si bien que je ne me suis pas trop méfiée. J'ai comme l'impression que mon estomac avait tout simplement perdu l'habitude d'être maltraité si longtemps, le pauvre...
- Alors, reco or not reco? J'ai pris l'option de ne faire aucune reco, comme à mon habitude, préférant laisser le plaisir de la découverte pour le jour J. Ce qui ne veut pas dire que je n'ai pas étudié le parcours, bien au contraire (en passant un grand merci à Patrick et Marc pour les conseils avisés). Sur l'utilité d'une reco, j'ai du mal à trancher. D'un côté je pense qu'une reco m'aurait aidé à surpasser les difficultés lorsque j'étais dans le rouge, mais d'un autre j'aurais sûrement pris moins de plaisir sur la course et avec moi, plaisir et perf sont intimement liés. La question reste donc ouverte. A suivre au prochain épisode...

Pour finir sur quelques points positifs: côté équipement j'étais au top (merci RL). Je me suis parfaitement habillée sur toute la course, je n'ai jamais eu froid, jamais eu chaud. Côté bobo, c'est zéro pointé: pas une douleur tendineuse pendant la course, pas une contracture, pas un échauffement, pas une ampoule. Juste des courbatures mais qui sont vite parties. Le rêve! :)


samedi 31 août 2013

L'UTMB, quelle aventure!

Vendredi 30 août: ça y est, le grand jour est arrivé, c'est aujourd'hui le départ de l'UTMB. Je me lève en ayant bien dormi, c'est bon signe. Je finis les derniers préparatifs pour la course. Au fur et à mesure que se rapproche l'heure fatidique, je sens le stress monter: les jambes qui tremblent, le dos qui se crispe. La dernière fois que j'ai ressenti ça c'était l'an dernier pour les auditions du CNRS. Une autre histoire. Aujourd'hui ce qui m'attend c'est ça:


Pas de quoi avoir peur pourtant....

Vendredi 16h15: j'entre dans le sas de départ. J'ai la chance de pouvoir entrer au dernier moment comme les élites. Je me place à une distance raisonnable de la première ligne. Mon but est de partir à mon rythme et de me mettre le plus vite possible dans ma bulle. Surtout ne pas partir sur un rythme qui n'est pas le mien.

Cherchez Charlie. Si si, on me voit!

Vendredi 16h25: la musique de Vangelis retenti. Il y a de l'électricité dans l'air. J'ai les poils qui se hérissent, une boule dans la gorge. C'est assez incroyable cette tension, il n'y a qu'à l'UTMB que je n'ai jamais ressenti ça.

Vendredi 16h30: hop c'est parti. Advienne que pourra. Je prends un départ correct. Je pars plus où moins à la vitesse que j'adopterais sur un 100km. Le début est roulant. Ca se court sans problème jusqu'aux Houches. Je sors les bâtons pour la montée du Délevret, plus pour m'économiser qu'autre chose. Je suis en mode tranquille.


Je double quelques personnes dans la descente jusque St Gervais. Je ne m'arrête pas au ravitaillement, pas besoin de me ravitailler. Il me reste 10km roulant jusqu'aux Contamines et j'ai largement de quoi tenir.

Vendredi 20h21: j'arrive aux Contamines, premier point d'assistance. Je dois y retrouver Cyril. Mais gros coup de flippe: dans la zone d'assitance, pas de Cyril. Panique à bord: c'est lui qui a ma frontale pour la nuit. A ce moment là je n'ai que deux e-lite dans mon sac et je ne me vois pas passer la nuit avec ça. Je sors mon portable pour l'appeler, ça sonne dans le vide... P#@#@#!!! Soudain j'entends "Juliette je suis là". Ouf!!! En fait Cyril vient tout juste d'avoir l'autorisation d'entrer dans la zone d'assistance. Le gars de l'orga ne voulait pas le faire entrer avant car selon les prévisions de l'UTMB je devais arriver 20 min plus tard, et pourtant j'ai été plus que régulière... Faudrait peut-être revoir un peu ça Mr les organisateurs.
Du coup ce petit coup de flippe m'a un peu stressé et je repars presque illico du ravito, juste le temps pour Cyril de vérifier que j'ai bien bu et bien mangé jusque là et de me remettre à niveau pour la nuit. Je repars avec deux sandwichs à la main que je voulais initialement manger au ravito mais que je prends pour la route. Erreur: je n'arriverai pas à les manger en courant et les laisserai dans une poubelle au prochain ravito, à Notre Dame de la Gorge.

Vendredi 21h36: voici la Balme. Enfin oserais-je dire. Jusque là le parcours n'était pas des plus intéressants: principalement de gros chemins en fond de vallée pour étirer le peloton. C'est à partir de la Balme que l'on entre véritablement dans le vif du sujet. Je sais que cette partie va être longue et dure. Trois sommets nous attendent: la croix du Bonhomme, le col de la Seigne et l'Arête du Mont Favre. Tout un programme!
Je croise André du Team RL avec qui j'échange quelques mots. La nuit tombe, je sors la frontale (stoots Minimax) et mon play2run pour la musique. La musique me permet de me mettre dans ma bulle. C'est une vraie compagnie plus pour passer la nuit que je trouve souvent monotone. Je suis parfaitement couverte (ni trop chaud, ni trop froid), faut croire que j'ai retenu la leçon de la TDS! Néanmoins j'ai du mal à boire la boisson de mon camel que je trouve trop froide et je ne bois qu'aux ravito (un peu de coca, de la soupe). Je mange quelques barres mais peut-être pas assez.
La nuit passe bon an, mal an. Je me prends plusieurs fois à penser que c'est quand même dommage de faire toute cette partie de nuit alors qu'elle doit être fabuleuse de jour. J'essaie de profiter de la magie du ciel dégagé, de l'enfilade de milliers de frontales dans la nuit noire. C'est toute une atmosphère difficile à décrire.



Samedi 04h12:  Arrivée à Courmayeur. Je suis contente de retrouver Cyril et Alex pour l'assistance mais plus encore pour leur présence. Cyril vérifie ce que j'ai mangé et me dit qu'il faut que je mange plus. Je lui répond que j'ai préféré prendre de la soupe aux ravitos. En fait je ne m'en rends pas compte mais effectivement, je n'ai peut-être pas assez mangé. Je prends quelques fruits secs, quelques bouchées de purée de patate douce, un sandwich au nutella (ça c'est pour le moral!). Je repars après 15 minutes de pause.
Une longue montée raide de 800m+ me mène au refuge Bertone. Nous attendent ensuite 22km où je sais il faudra que je cours le plus possible. Pour cela, il faut que je reparte du ravito en ayant refait le plein d'énergie. Mais c'est la cata: je ne peux rien avaler. J'ai la nausée et des hauts le coeur dès que j'essaie de manger quoi que ce soit. Stupeur et tremblements. Je ne comprends pas ce qu'il m'arrive. D'abord je n'ai rien vu arriver, ensuite je n'ai aucun problème gastrique, pas mal au bide, rien. Juste mon estomac fait la grêve et ne veut rien entendre: non, le mag' est fermé, plus rien ne passera. Je repars donc sans rien avoir mangé à Bertone. Je ne pourrai rien avaler d'autre jusqu'au la Fouly, 30km et quelque 5h plus tard... Toute cette partie, pourtant la plus belle, et de loin, de tout le parcours, sera un long chemin de croix pour moi.



Ne pouvant rien avaler, je perds petit à petit de l'énergie. J'ai toutes les peines du monde à courir, même sur plat. Je marche de plus en plus. J'enrage car je sais que cette partie, je devrais pouvoir la courir. Mais je n'ai plus de jus. Je me sens faible, je suis faible. Je me fais doubler par ce qui me semble être des dizaines de coureurs, pourtant je ne perds que quelques places au classement. Il y a sûrement eu des abandons entre temps.


 La montée vers le col Ferret, pourtant peu difficile, est une galère. Je serre les dents pour avancer mais je n'ai pas les jambes. Je dois m'arrêter à plusieurs reprises. Un coureur me dit qu'il faut que je fasse des plus petits pas sans m'arrêter mais je n'y arrive pas. J'arrive clopin-clopant au sommet du Grand col Ferret. M'attendent 18km de descente où je suis habituellement à l'aise. J'espère pouvoir reprendre du poil de la bête.
Pourtant, dès le début de la descente, coup au moral: je me fais doubler par André le pyrénéen accompagné de Maria Semerjian. J'essaie de la suivre mais renonce rapidement. Je n'ai pas les jambes et c'est un coup à exploser. Je ne reverrai pas Maria, elle finira 1ère française en 29h34, un grand bravo à elle!
J'ai mal aux jambes, pas beaucoup d'énergie mais j'arrive tout de même à courir cela me remet du baume au coeur. Néanmoins je me sens vidée et à ce moment là je ne me vois pas, mais alors pas du tout, pouvoir continuer 60km comme ça.

Samedi 10h47: j'arrive à la Fouly où je retrouve Cyril et Alex. Ce n'est pas un point d'assistance mais je suis très heureuse de les retrouver. Cyril me trouve très marqué mais ne me le dit pas. Je lui explique que je n'ai avalé depuis Courmayeur, 9h30 plus tôt, et que je ne sais pas si je vais réussir à finir. Cyril joue parfaitement son rôle d'assistant: "si tu vas finir. Ca va revenir. Il faut absolument que tu te forces à manger un peu" etc etc. Il a raison évidemment. Il m'oblige à manger quelques petites choses au ravito pour tenir jusque Champex qui est le prochain point d'assistance. Je repars de la Fouly avec quelques calories dans le ventre.


Le reste du parcours jusque Champex est des plus monotone mais j'avoue que cela m'arrange vu mon état de fatigue. Cela me permet de reprendre un peu des couleurs. Je ne peux toujours rien avaler mais au moins la boisson énergétique repasse.

Samedi 13h15: voilà Champex où je retrouve Cyril et Alex. Cyril me dit que j'ai meilleure mine et qu'il faut que je continue à me forcer à manger, ne serait-ce que quelques miettes. J'arrive à manger un peu de purée de patate douces. Cyril blinde mon sac de barres énergétique mais celles-ci ne passeront pas jusqu'à l'arrivée. Ce sera juste un poids mort dans mon sac!
Je repars du ravito direction Bovine. Je n'ai pas beaucoup d'énergie mais finalement tout le monde commence plus ou moins à craquer. La montée est raide et difficiel avec tous ces blocs de pierre. Je dois m'arrêter plusieurs fois mais finalement j'arrive au sommet sans vraiment me faire doubler. J'y retrouve Hassein, Jean-François et Sylvie qui me font la surprise d'être là. Je suis tellement contente de les voir que je m'arrête quelques instants pour leur parler, me fais doubler par quelques gars avant de me dire "euh mais au fait j'ai un trail là" et de repartir. Physiquement je ne suis pas au top mais moralement, je suis sacrément reboostée!
La descente me semble longue est inintéressante mais c'est un peu une constante sur cette partie suisse de l'UTMB. Pourtant je suis bien placée pour savoir que la Suisse, ce n'est pas ça!


Samedi 16h32: je retrouve Cyril et Alex à Trient pour l'assistance. Maintenant je sais que je vais finir. Il me reste 2 bosses costauds mais il suffit de tenir et je verrai Cham. Cyril me remet des barres en me disant "il faut que tu manges" mais vu que je n'ai pas mangé depuis Champex, me voilà comme une mule avec des dizaines de barres inutiles dans mon sac. La seule chose qui passe c'est un peu de purée de patate douce au ravito.
La montée vers Catogne est raide également, on n'en voit pas le bout. Cela fait pas mal de temps maintenant que je joue au yoyo avec les mêmes coureurs. Nous sommes tous fatigués, nous en avons marre. On ne parle pas beaucoup mais c'est bizarre, j'ai l'impression de les connaitre. En tout cas je connais leur douleur.
J'arrive à Catogne. La descente vers Vallorcine est difficile à cet instant de la course. Chaque cailloux me semble un rocher. Je me prends à me demander pourquoi les suisses ont laissé tant de racines sur le chemin! C'est vrai ça ils auraient quand même peu les enlever!! :)

Samedi 18h58: Je retrouve Cyril, Alex, Farouk, Hassein, Jean-François et Sylvie à Vallorcine, rien que ça! Je repars avec le sourire. Mine de rien j'en vois le bout de cette aventure!


Je cours-marche jusqu'au col des Montets où je retrouve toute ma bande de supporter. Maintenant une grosse montée jusque la tête aux vents et ce sera la descente finale. Cette montée, je la fais dans des conditions magnifiques: au coucher du soleil, avec pleine vue sur le Mont Blanc. C'est juste magnifique. Je ralentis un peu mais je me dis "profite, c'est tellement beau". C'est long, très long jusque la tête aux vents. Ensuite, ce qui était une descente facile sur la Flégère s'avère être une descente technique où le moral prend un petit coup. Les quadri me brulent et j'en ai marre. Je connais ça: c'est l'effet "bientôt l'arrivée"! Je perds un peu de temps, et peut-être quelques places, sur cette portion.

Samedi 21h52: Voilà la Flégère. Grand ouf de soulagement. Je sais que c'est gagné, je serai "finisher". Reste 8km de descente facile où je n'ai plus besoin de m'économiser. Du coup, je lache les chevaux et fais une première partie de descente très rapide (et 3 chutes!) avant de retrouver un rythme plus normal. Ces 8km sont interminables, et ce n'est pas seulement parce que je suis fatiguée. J'arrive enfin sur le goudron de Chamonix. Quelques minutes de bitume et voilà la dernière ligne droite. Je savoure, tape dans les mains des spectateurs, lève les bras de bonheur, de fatigue. C'est une sensation phénoménale. 30h24, 130ème scratch, 9ème féminine. Quelle aventure!!!



mercredi 28 août 2013

L'UTMB: c'est (presque) parti!

Vendredi prochain 16h30 c'est donc le grand départ de l'UTMB, l'Ultra Trail du Mont Blanc: 168km non stop avec 9600m D+, en faisant le tour du Mont Blanc. Certaines années sans jamais le voir! 




Je serai sur la ligne de départ et espère bien être aussi sur la ligne d'arrivée. Combien de temps après? Bonne question... Je n'ai pas de réponse, à peine une estimation: j'espère mettre entre 30 et 34h. La fourchette est large mais sur ce genre de distance l'incertitude est grande. Tout peut se passer... surtout le pire!

Si vous voulez me suivre en direct, ce sera ici:
http://utmb.livetrail.net/coureur.php
Mon numéro de dossard est le 2267, sinon ça marche aussi avec mon petit nom, Blanchet. 

Il y aura également une WebTV durant le course:
http://ultratrail.tv/fr/
Je ne suis pas sûre qu'on m'y aperçoive souvent mais c'est en général sympa pour goûter à l'ambiance de la course. Et quelle course!


Merci à tous pour votre soutien. Envoyez-moi votre énergie positive, j'en aurai le plus grand besoin!

mardi 27 août 2013

En route pour l'UTMB

Vendredi prochain je serai quelque part au milieu cette foule impatiente, moi-même non moins impatiente: au départ de l'UTMB.



La prépa physique est terminée depuis quelque temps mais il me restait encore à planifier la prépa logistique. Cyril et Alex "parrain" me feront l'assistance sur la course: une assistance de choc par un duo de choc'(olat)! ;)

J'ai itéré le week-end dernier avec Cyril pour se caler côté assistance et ravitos. Pour s'aider, on a créé ce petit tableau pour simuler mes temps de passage. Celui-ci est pour 32h mais rassurez-vous, j'ai d'autres tableaux pour du plus long!

Le principe du simulateur est le suivant: il part d'une vitesse initiale sur plat (10.75 km/h ici) qui décroit linéairement au fil des km. Seulement les km en question ne sont pas les km réels, mais des km "effectifs" tenant compte de la dénivellation de la manière suivante: 1000m de D+ rajoute 10km, 1000m de D- retire 1km. Au total cela revient à dire que l'UTMB équivaut à 254km sur plat.

Si cela peut vous aider à préparer votre course, voici le tableau. Vous pouvez jouer avec les coefficients des deux premières lignes ("taux d'affaiblissement", "vitesse de départ", "prise en compte du D+", "prise en compte du D-") pour le mettre à votre sauce.

Bonne course à tous! :)

samedi 27 juillet 2013

Le Vélan en digestif

Déjà une semaine que j'enchaine les journées trail (aux pieds de l'Eiger et autour d'Argentières). Pour digérer tout ça, retour en Suisse (enfin en Valais ;)) pour le trail du Vélan. Ce trail, je l'avais déjà fait l'an dernier et j'avais adoré, pourtant je n'avais rien vu pour cause de brume omniprésente. Cette année le soleil est un RDV, je sais que ça va être énorme! Sur ce trail, le rapport distance-D+ est assez impressionnant: 41km pour 3600+, et encore l'énorme majorité de ce dénivelé est fait en 30km! A part les premiers km et les quelques derniers, il ne faut pas espérer pouvoir trop courir. C'est pour moi ça! ;)

Ca commence donc par 8 km roulants, avec tout de même quelques bosses pour se mettre dans l'ambiance. Puis on rejoint des crêtes que l'on ne quittera presque plus de tout le parcours. La vue est époustouflante à 360 degrés. Dire que j'avais raté ça l'an dernier, je ne regrette pas d'être revenue!



On passe la première cabane du jour, la cabane de Mille (2472m). Jusqu'ici tout va bien, le terrain est relativement roulant pour pouvoir relancer. Puis à partir d'Azerin jusqu'à la cabane de Valsorey (3040m), les choses se gâtent: c'est plus du tout, mais alors plus du tout, roulant. C'est une mer presque continue de rochers qu'il faut traverser. C'est exténuant mais qu'est ce que c'est beau! Je fatigue mais je kiffe!

Petite descente jusqu'aux Grands Plans. Je retrouve Cyril venu à ma rencontre, et un peu surpris de me voir déjà là. Le coco m'avait sous-estimé!



Dernière petite montée jusqu'à la cabane du Vélan (2640m), dernier coup d'oeil à ces décors majestueux.



Puis c'est la descente finale. Je déroule bien sur ces derniers km.



Je franchis l'arche en 7h44, 1ère féminine. Cela conclut de belle manière une belle semaine de 36h de trail!

samedi 20 juillet 2013

L'Eiger en apéro

A cinq semaines de l'UTMB, je me suis programmé une semaine assez dantesque, histoire d'accumuler des km et du D+. En apéro, ce sera le trail de l'Eiger (51km, 3100+) qui est aussi l'occasion pour Cyril et moi de revenir sur "nos" terres suisses. Le profil est simple: départ de Grindelwald (1030m), on monte jusque 2000m, et de là on suit le chemin en balcon, serpentant entre 2000 et 2500m avec une vue imprenable sur l'Eiger, via First, Faulhorn et Schynige Platte (les connaisseurs apprécieront).

La course part vite et les départs rapides, ce n'est pas mon truc. J'essaie peut-être un peu trop de suivre ce rythme qui n'est pas le mien car je me sens rapidement asphyxiée. Surtout qu'on arrive rapidement à des altitudes élevées et je manque probablement d'entrainement en altitude. Pour couronner le tout, c'est roulant et le roulant ce n'est pas mon point fort (mais j'y travaille!). Bref, ça se passe pas très bien pour moi: je suis 4ème, 5ème, 6ème, 7ème femme. Là je commence un peu à paniquer. Jusqu'où vais-je dégringoler comme ça? D'un côté j'ai envie de me donner plus pour revenir, mais d'un autre côté une petite voix au fond de moi me dit de rester tranquille, de continuer mon petit bout de chemin en prenant ça comme un bel entrainement. Et quel entrainement! C'est juste de toute beauté. Pas un nuage à l'horizon, quels paysages, quelle vue sur l'Eiger! Je n'ai qu'un mot: houah...

Non, ceci n'est pas un montage!



Au fur et à mesure que les heures passent, le diesel commence à faire son effet et je redouble "sans le vouloir" quelques féminines. Me voilà 4ème à Burglauenen où je retrouve Cyril en coup de vent (il est sur les 101km qu'il arrêtera finalement au bout de 80km pour des douleurs au genou) et Farouk (qui est maintenant officiellement ultra-traileur depuis le trail Verbier St Bernard!). Reste maintenant à rentrer sur Grindelwald. Et là déception: autant les 45 premiers km sont gigantesques, autant les 6 derniers sont en trop: 6km de bitume à travers des hameaux déserts. Dommage. Je suis contente de voir l'arche et d'en finir avec ce bitume, contente d'arriver 4ème au final (en 7h13). Je reviens avec de magnifiques images dans la tête (et une belle égratignure au genou!).



Bravo au podium féminin qui se tient en moins de 8 minutes (!): Simona Morbelli (6h55), Simone Philipp (7h01), Brigitte Egerling (7h03). Et bravo à tous les finisheurs et comme toujours un grand merci à tous les bénévoles!
  

dimanche 30 juin 2013

L'étoile de la Vanoise

Une petite semaine de boulot depuis le duo des Contamines et on remet ça avec le trail des glaciers de la Vanoise à Pralognan. Faut pas se refroidir! Ce trail, je l'avais coché depuis longtemps dans mon agenda, son parcours sauvage loin de la civilisation me faisait rêver. Deux semaines avant c'est la douche froide: parcours de repli qui n'a plus rien à voir avec le parcours initial. J'ai rebaptisé le trail "l'étoile de la Vanoise": 3 boucles en étoile autour de Pralognan avec beaucoup d'aller-retour, 65km 3700+. On est loin du côté sauvage du TGV mais il faudra faire avec.

Départ au petit jour. Ca commence direct avec la montée vers le Rocher de Villeneuve (2200m), puis retour en sens inverse. Je monte relativement bien, Cyril est dans mes pas (remember les Contamines!) et Caroline Freslon-Bette, juste devant. L'avantage des A-R c'est qu'on peut voir les premiers hommes qui descendent, c'est aérien, ils sont beaux à voir... Vers le 8è place scratch déboule avec une facilité déconcertante Laureline Gaussens, un sourire jusqu'aux oreilles. Son avance est impressionnant, et ce n'est que le début!

Je bascule au sommet juste derrière Caroline et la double dans la descente. J'arrive à Pralognan avec quelques minutes d'avance. Je me sens plutôt bien. J'aborde la deuxième boucle qui, je le sais, va être très dure pour moi: 15km jusqu'au refuge de Péclet (2450m), puis retour presque par le même chemin. Le parcours est joli mais reste un peu trop en fond de vallée pour moi. Et puis c'est quoi cette histoire, faut courir en plus!

Long chemin vers le refuge de Péclet.
L'image provient au CR de Sprolls sur kikourou (ici)

Je m'efforce de courir mais Caroline me double. Pas de panique, je m'y attendais. J'essaie de la garder en ligne de mire mais je commence à avoir les jambes à sec.  On n'a fait que 30km mais je paie l'addition de mes dernières semaines chargées. Il reste la bagatelle de 45km, ça va être long... 

Arrivé au sommet, demi tour. Je croise un multitude de coureurs qui montent, j'essaie de les encourager en passant mais je n'ai moi-même pas beaucoup d'entrain. Au refuge du Roc de Pêche, on bifurque, me voilà seule. Je cogite pas mal, je compte les km jusqu'à la fin, "vais-je tenir?". Et là badaboum! Je ne sais pas trop ce qu'il se passe mais je chute de tout mon poids sur le genou gauche qui heurte un rocher. Des chutes j'en ai déjà fait en trail mais celle-là c'est sûrement la plus lourde. J'ai mal mais apparemment rien de cassé. J'en serai pour de bons bleus et des jambes de boxer. Sacré look avec la jupette! Je repars clopin-clopant. Maintenant il faut que je temporise. Finir sans exploser, finir sans me blesser.

Retour à Pralognan. Je prends le temps de me ravitailler et repars pour la dernière boucle, direction le mont Bochor d'abord, puis le col de la Vanoise (2500m). La première montée se passe bien, je suis presque seule et j'aime ça. Le moral remonte. Puis descente vers le chalet de la Glière et là, coup de massue au moral: alors que j'étais seule, je rejoins sur le GR les coureurs du TAR, les randonneurs, les supporters. Ca fait beaucoup beaucoup de monde pour moi. La montée jusqu'au col de la Vanoise sera longue, très longue! 

J'arrive tant bien que mal au lac des Vaches. Je lève les yeux de mes baskets, c'est vrai que ça déchire! 

Le Lac des Vaches.
L'image provient du CR de Sprolls sur kikourou (ici).

Au dessus jusqu'au col, un long chemin est tracé dans la neige. C'est sûrement aussi beau que glissant et je laisse pas mal d'énergie dans la bataille. J'arrive au col passablement fatiguée, mais d'autant plus heureuse d'être en haut que la vue est carrément superbe! Ca donnerait envie d'aller voir plus loin, mais merci les gars, aujourd'hui je rentre!

Les genoux cagneux mais le sourire bright!
Merci au kikoureur Danon pour cette photo
(d'autres ici)

Demi-tour donc, direction Pralognan. Je lâche les jambes dans la descente, plus la peine de temporiser maintenant. Ca y est, je vois l'arche, arrivée en 8h56. Heureuse d'avoir tenu malgré des jambes moyennes, heureuse d'en avoir fini, heureuse de ma 3ème place (27è scratch). Heureuse tout court. Caroline est 2ème en 8h41 (23è scratch), derrière Laureline 8h17 (13è scratch). Je reste baba devant son temps.

Podium féminin

En y repensant, j'en ai bavé sur ce TGV, j'ai parfois pesté contre ces nombreux allers-retours mais, connaissant les organisateurs, je veux bien croire qu'ils n'avaient pas d'autre choix. Somme toute, je garde à l'esprit certaines vues grandioses et une organisation non moins grandiose. Ce qui ne peut que me donner envie de revenir sur le parcours originel!